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« Quand l’amour prend corps », film de Raphaël Gianelli-Meriano sur Thierry Malandain et le Ballet Biarritz – Belle mais déroutante approche – Compte rendu

 

 
 
« La littérature, c’est échapper au temps superficiel. C’est une façon de quitter le monde et de quitter l’entre-soi pour se chercher en soi- même, affirme Régis Debray dans Le Grimpeur et le Grognard (1). C’est à peu de choses près ce que dit Thierry Malandain (photo) de la danse, dans le film « Quand l’amour prend corps », que lui a consacré le photographe Raphaël Gianelli-Meriano, dont la caméra lui a collé au corps il y a quelques années, serrant de près ses danseurs et surtout la personnalité si particulière du chorégraphe des Ballets de Biarritz, qu’il cédera en janvier 2027 à Martin Harriague.
 
La scène comme une délivrance

A la différence que Malandain joue avec la scène, où il se projette au lieu de creuser des sillons sur une page blanche. Film étrange, qui déroule une succession de déclarations prenantes du chorégraphe, souvent contradictoires, ce qui dit bien la complexité de son message. Filmé chez lui face à nous, il se livre en toute sincérité, avec une émotivité à fleur de peau, et même de paupière, détaille ses angoisses, et son évident mal de vivre. « La vie en ce monde, dit-il, est intolérable, la scène permet tout ». Et de confier, entre le feuilletage de touchants albums d’enfance : « J’ai eu en moi mes premières idées dansantes à l’enterrement de ma grand-mère, à 13 ans, tandis que l’orgue jouait. Et je déteste l’orgue ! »

 

 
Superbes silhouettes
 
Très belles images de danseurs qui s’intercalent, notamment de Claire Lonchampt, fine et rigoureuse, et de Hugo Layer, le Jorge Donn de Malandain, comme grisé par sa mouvance éperdue : lui aussi évoque une approche presque métaphysique de la danse. Et il n’a pas l’air très gai. Ces artistes, dont les muscles tendus à se craquer, sont superbement mis en valeur, semblent en proie à un délire physique presque sacrificiel, que ce soit dans les extraits de la belle Chambre d’Amour, ou dans de courtes séquences des Saisons, entre autres.

Un monde à part
 
Il résulte de ces instantanés d’âmes autant de corps, tous magnifiques, une sorte de vision angoissée de ce que peut être le fait de s’offrir ainsi aux regards des autres, de se partager et de leur faire ressentir son propre être. Une onde d’humanité obtenue au prix d’un travail inhumain. On regrette simplement qu’il n’y ait pas de vrai scénario, que les éclairs de malice et les beaux sourires qui illuminent parfois le visage attentif de Malandain dans la vraie vie, n’adoucissent  pas ici le propos plutôt sombre. Finalement, cet essai attachant qui veut montrer que la danse doit se révéler à tout un chacun et pas seulement à « ceux qui ont tout », se reçoit sous un jour élitiste, pour ceux du club heureusement fourni, des fans de Malandain, de son talent exceptionnel, et de la danse tout court.
 
Jacqueline Thuilleux

 

 
(1) Le Grimpeur et le Grognard, par Régis Debray & Sylvain Tesson, à paraître le 16 avril 2026 (Ed. Les Equateurs).
 
Projection privée, le 9 avril 2026, Paris
Futures projections 2026: Périgueux, le 21 juin 2026 ; Biarritz, septembre 2026, dans le cadre du Temps d’Aimer ; Paris, en parallèle des représentations de septembre 2026 au TCE (22, 23, 24, 25 & 26/09 // www.theatrechampselysees.fr/saison-2026-27/danse/malandain-ballet-biarritz) ; Cannes, 28 novembre 2026, dans le cadre de la Biennale de la danse.
 
Photo © Jean-Marie Périer

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