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Jennifer Choufleuri fera les choses en grand par Divinopéra [29 mai, Neuilly] – Boulotte, Abba et Bob – Compte rendu

On commence par se demander si on ne s’est pas trompé d’adresse. Certes, c’est bien l’ouverture de Monsieur Choufleuri restera chez lui le… qu’interprète le petit ensemble (violon, violoncelle et clarinette) réuni autour de la pianiste Jeyran Ghiaee, mais quand le rideau s’ouvre sur la scène de l’Espace Saint-Pierre, à Neuilly, c’est « Amour divin » de La Belle Hélène qu’on entend. Bien sûr, avec un titre commençant par Jennifer Choufleuri, on pouvait se douter que l’on aurait affaire à au moins une relecture du livret jadis commis par le duc de Morny. Et avec une durée annoncée d’environ deux heures, on pouvait aussi soupçonner qu’il avait fallu rajouter de la musique ici et là. Mais après tout, si l’on veut une soirée plus longue, pourquoi ne pas faire comme jadis l’Opéra-Comique avec son spectacle Vive Offenbach, qui associait à Choufleuri deux autres actes uniques, Pomme d’Api et Mesdames de la Halle ?
Choufleuri féminisé
Certes, mais il faut avant tout tenir compte de la nature propre à l’association Divinopéra. La directrice artistique en est Marie Saadi, que les habitués de l’Opéra de Paris n’auront pas manqué de remarquer parmi le chœur maison. Cette soprano canadienne possède une personnalité et une voix qui justifient pleinement qu’elle veuille s’emparer des grands rôles d’Offenbach, ce à quoi elle s’emploie depuis une dizaine d’années, avec notamment La Périchole ou en Boulotte de Barbe-Bleue. Si elle ne l’a pas encore fait, elle pourrait être une grandiose Grande-Duchesse de Gérolstein, mais on imagine aisément qu’elle cherche d’autres supports à son talent, d’où la féminisation de Choufleuri, et l’enrichissement du rôle par des airs empruntés à d’autres œuvres d’Offenbach. Et comme Divinopéra, c’est aussi un chœur d’amateurs – et surtout d’amatrices, à vrai dire – il faut trouver à employer cette formation nombreuse, en introduisant des chœurs là où il n’y en avait pas, et en offrant au chœur ce qui était destiné à des solistes. Mission accomplie avec Jennifer Choufleuri, chacun a droit à son air ou son ensemble.
Modernisation radicale
Qui connaît encore aujourd’hui Henriette Zontag, Giovanni Battista Rubini et Antonio Tamburini ? Qui se ridiculise encore en organisant des concerts chez lui ? L’intrigue est donc radicalement modernisée, Mme Choufleuri devenant une star de télé-réalité soucieuse d’être mentionnée dans Télérama ou Diapason plutôt que de toujours faire la une de la presse people. A quoi s’ajoute un clin d’œil à Mamma Mia, la comédie musicale qui, sur des chansons d’Abba, met en avant une recherche de paternité. Ce nouveau livret est dû à Laurent Bruder, qui signe également la mise en scène, dont on retiendra surtout la très drôle parodie de spectacle de Bob Wilson au moment du faux concert italien (là encore, notre époque se prête mieux à ce qu’on ridiculise les mises en scènes contemporaines plutôt que l’opéra romantique italien).
Autour de Marie Saadi, on remarque le joli timbre du ténor Sofiane Ayouz, qui manque un peu de puissance, la voix restant parfois un peu engorgée, la virtuosité de la soprano Marie Cordier, dont on regrette juste l’acidité de l’aigu, ou l’abattage de Virginie Marry en « Mme Peterwoman », sans oublier les attachées de presse incarnées par Marianne Noalhat et Nora Ketir.
Laurent Bury

Offenbach : Jennifer Choufleuri fera les choses en grand, reprise du spectacle créé en janvier 2025. Espace Saint-Pierre, Neuilly/Seine (121 av. A. Perettti/ M° Les Sablons), jeudi 28 mai, 20h ; deuxième et dernière représentation vendredi 29 mai 2026 // www.billetreduc.com/spectacle/jennifer-choufleuri-fera-les-choses-en-grand-406707
Photo © Divinopéra
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