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Paris - Compte-rendu : Messiaen Bruckner même combat

Quel concert, quel orchestre ! Dans le cycle consacré à notre excellent pianiste Pierre-Laurent Aimard, le Châtelet a invité l’Orchestre de Bamberg et son patron depuis 2000, l’Anglais Jonathan Nott. On passera sur l’orchestration filandreuse et oiseuse que signa Webern de la Fugue du Ricercare à 6 voix de Bach : le témoignage du (mauvais) goût d’une époque. Le bonheur commença avec Le Réveil des oiseaux de Messiaen où les différents pupitres de l’orchestre dialoguent avec le piano solo tenu par Pierre-Laurent Aimard.


Il est chez lui dans cette volière aux premières heures de l’aube : à force de pépier, ses doigts sont devenus ornithologues. Au premier coup d’oreille, il identifie et caractérise le petit frère de Saint François. Mais nous sommes loin d’un safari ailé. C’est un tableau, une symphonie de couleurs bigarrées. On reste confondu de la souplesse de l’Orchestre qui épouse le style de Messiaen avec une aisance rare. C’est que grâce à son jeune chef, ancien directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain, il a la pratique de la modernité.


C’est sans doute pour cela qu’il donne une exécution mémorable de la 9 è Symphonie de Bruckner : puissance, couleur, mais pas de sucrerie. Ces musiciens d’Europe centrale sont les descendants directs de ceux de la cour de Mannheim dont Mozart prisait tant la virtuosité. Les cordes sont d’une rare homogénéité, sans lourdeur ; les cuivres éclatants, merveilleusement sûrs et équilibrés ; les bois enchanteurs et précis à la fois. Une heure est passée qu’on n’a pas vu filer, car la tension n’est jamais retombée grâce à la probité extraordinaire dans l’approche de cette ultime partition.

Jacques Doucelin

Châtelet le 4 mai

Photo : DR.


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