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Orphée et Eurydice selon David Marton à L’Opéra de Lyon - A deux voix – Compte-rendu

David Marton prend ses aises avec l’Orphée de Gluck, mais je ne parviens pas à le lui reprocher. Après tout on est artiste ou on ne l’est pas, et relire d’une façon aussi libre serait criminel pour un ouvrage peu couru, mais pour l’opéra emblématique de Gluck qui contient si peu de théâtre et veut d’abord parler à l’âme, et qu’on a si souvent vu et entendu, le procédé paraît en fait salvateur.

Donc, vous qui entrerez ici oubliez les versions de Paris et de Vienne, car vous aurez deux Orphée(s), le premier  hors d’âge, incarné avec une maestria clouante par Victor von Halem, au seuil de sa mort, que les bacchantes n’auront jamais mis en pièce, revivant l’ancienne passion, l’autre pris dans le drame, jeune, et contre-ténor, séduisant de présence physique, mais en voix réservée, Christopher Ainslie.
Le plus étrange dans l’affaire est qu’une fois admis ce dédoublement, et le creusement de l’espace-temps qu’il suggère, on trouve au propos scénique une fluidité et une animation certaine. La subtilité des réglages entre les deux chanteurs et l’orchestre allégé dirigé sur les pointes par  Enrico Onofri  participent à ce mystérieux enchantement, que vient hélas perturber trop souvent le cliquetis d’une machine à écrire sur laquelle le vieil Orphée tapote des extraits d’un texte de Beckett qui s’affiche sur le fonds de scène, diversion inutile, encombrante : Marton y fait-il un clin d’œil au duetto de la lettre des Noces de Figaro selon Christoph Marthaler, l’un de ses maîtres ?
 

© Benard Stofleth

Cette scorie et sa liberté parfaitement assumée jusque dans la démultiplication d’Amore en six bambins comme échappés de la Zauberflöte – Dieu qu’ils chantent bien et réjouissent l’action -  lui vaudra aux saluts quelques sifflets, rançon de la gloire. Sur cette  proposition rafraîchissante, Elena Galitskaya met sa voix pure et sa silhouette admirable. Nul doute, Eurydice c’est bien elle.
Finale : elle fait résonner un « à table ! », Orphée et ses six enfants déjeunent dans le soleil, mais ce n’est pas fini, tous reviennent sauf Orphée vieillard trépassé, pour entonner le divertissement conclusif, l’occasion de remonter la fosse et tout l’orchestre  afin de mieux briller. Après tout, c’est Festival !

Jean-Charles Hoffelé
 
Gluck : Orphée et Eurydice – Lyon, Opéra, 14 mars, prochaines représentations les 18, 19, 21, 24, 25, 27 et 29 mars 2015

Photo © Bernard Stofleth

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