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Olga Peretyatko et Dmitry Korchak en duo – Ardeur juvénile - Compte-rendu

« Voyons, écoutons, jugeons », dit Marie à Tonio dans leur duo de la Fille du régiment, sur lequel les deux étincelants jeunes gens ont conclu leur concert.
Faisons comme elle. A voir, certes, il y en avait : la belle Olga Peretyatko (photo), dans l’épanouissement de ses trente-quatre ans, n’a pas dû prendre de bagage cabine, mais plutôt des malles pour venir faire la sirène devant le public du Théâtre des Champs-Elysées. Un public enamouré, il faut le dire. Et quand un si grand effort est fait pour séduire, il serait malséant de ne pas l’évoquer : trois robes du soir, donc, une souveraine et noire, pour ouvrir sur Mozart et Donna Anna toute à son désespoir devant le corps de son père. Puis romantisme prune pour les airs grand style de Rossini et l’air de Lucia di Lammermoor, enfin fourreau clinquant et tapageur, pour minauder dans le plus joyeux répertoire donizettien, L’Elixir d’Amour et La Fille du Régiment, outre le piquant du Turc en Italie rossinien. Voilà donc pour le défilé.
 
Ensuite écoutons, et jugeons : la voix, autant que la gestique et la tenue du corps,  impressionnent par leur professionnalisme, le caractère suprêmement abouti de chaque inflexion, de chaque attitude, même si l’excès de sophistication contraste parfois bizarrement avec un timbre légèrement métallique et une dureté qui imprègne tout son chant, qu’il soit sur le mode léger ou dans la gravité belcantiste. Une voix, qui de surcroît demande à beaucoup se chauffer, chose banale chez les chanteurs mais vraiment marquée dans son cas, pour pallier le manque de rondeur qui émerveille tant chez l’autre diva russe Anna Netrebko. En outre attaquer sur le désespoir de Donna Anna n’aide guère, tout comme pour son partenaire, le fringant Dmitry Korchak, commençant sur l’air de Don Ottavio « dalla sua pace ». Il n’est rien de pire.
 
Pour lui aussi, des aigus aisés mais quelque peu stridents ont d’abord fait ombre à une virtuosité et à une présence non négligeables, outre une puissance considérable. Une fois les mises en place effectuées, on a pu goûter, enfin, au meilleur de ces deux natures, de ces deux talents vigoureux et encore juvéniles dans le duo final de la Fille du régiment, où ils ont fait mouche avec une vivacité réjouissante. Glamour toujours…
L’émotion n’avait pas marqué la soirée, la santé si, tandis que l’Orchestre de chambre de Paris, sous la baguette tonique de Manuel López-Gómez, jeune chef issu du Sistema vénézuélien, sortait lui aussi de sa gangue pour mener un train d’enfer à la fin du concert, notamment dans une pétaradante ouverture de L’Italienne à Alger.
 
Jacqueline Thuilleux
 
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 11 décembre 2014

Photo © DR

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