Journal

Nahuel Di Pierro et Alphonse Cemin à la Marbrerie de Montreuil – Duo d’exception pour un lieu atypique

Une fois de plus, ce qui se nommait Atelier lyrique de l’Opéra de Paris (et s’est depuis mué en Académie, tout en restant sous la direction de l’avisé Christian Schirm) avait vu juste en accueillant Nahuel Di Pierro (photo) parmi ses pensionnaires. A l’instar d’autres chanteurs issus de la structure de formation de la Grande Boutique (ne citons qu’une certaine Marianne Crebassa ...), la basse argentine mène désormais une très active carrière et se montre autant à son aise sur les scène lyriques (il sera Augure et Plutone dans l’Orfeo de Rossi que Raphaël Pichon dirige durant le mois de mars à Versailles, Bordeaux et Caen, puis Leporello à Aix l’été prochain) qu’en récital.

Alphonse Cemin © DR

Un "Lundi musical" de l’Athénée, en mai 2015, avait permis de juger des qualités du chanteur dans le Voyage d’hiver, avec Alphonse Cemin au clavier ; soirée dont Michel Le Naour s'était fait l'écho dans nos colonnes (1) et que les micros ont heureusement immortalisée (ce Winterreise sera publié chez B RECORDS dans la première quinzaine de mai). (2)

Le duo Di Pierro-Cemin se reforme la semaine prochaine pour un programme franco-germanique inscrit dans le cadre de la série « Le Cycle T » à la Marbrerie. Si vous ne connaissez pas encore ce lieu, l’occasion est toute trouvée d’aller le découvrir. Il est le résultat de l’initiative privée de deux architectes – François Pin et Catherine Bizouard – connus pour avoir travaillé sur divers monuments historiques (la partie basse de l’aile Denon du Louvre, les Palais de Justice de Saint-Etienne et Moulins, etc.). Le couple est par ailleurs épris de lieux inattendus. Ainsi avait-il eu en 2005 un coup de foudre pour la Carrière de Normandoux (non loin de Poitiers), qu’il a réaménagée et réouverte en 2008. Un coup de foudre se produit aussi lorsque F. Pin et C. Bizouard mettent pour la première fois les pieds à la fin des années 2000 dans un ancien local industriel de Montreuil ; une marbrerie désaffectée.

La salle de concerts de la Marbrerie © DR

 « Nous avons souhaité garder la force et l’esprit du lieu. Notre projet architectural s’inscrit dans une idée de très grande économie ; nous n’avons gardé que l’indispensable », expliquent les architectes. Avec une salle de spectacles et d’événements (650 places), surmontée d’une coursive, un bar/cantine – on se restaure sur des tables de marbre (utilisées autrefois pour la découpe de ce matériau) –, un espace polyvalent situé sous le restaurant, La Marbrerie (1500 m2 au total) offre un lieu brut, minimaliste et atypique « qui façonne le projet qu’il accueille », soulignent ses concepteurs.  

Chanson, musique du monde, jazz, electro, ciné-concert, musique classique, musique contemporaine, etc. : La Marbrerie accueille une programmation éclectique, placée sous la responsabilité de Jérémy Verrier, avec lequel F. Pin et C. Bizouard collaboraient déjà à l’époque de la Carrière de Normandoux.
Si, la nature des genres obligeant, la musique est souvent amplifiée à la Marbrerie, les oreilles les plus exigeantes n’ont franchement rien à craindre d’un concert en acoustique. Des artistes et formations tels que le Quatuor Béla (pour le concert d’ouverture du Festival d’Île-de-France à la rentrée 2016), L’Instant Donné, Vanessa Wagner, et plus récemment la violiste Marianne Muller et l’accordéoniste Vincent Lhermet (dans un programme élisabéthain aussi étonnant que réussi - nous y étions) ou encore la violoncelliste Noémi Boutin se sont laissé séduire par le lieu. Et bien d’autres projets se préparent ...

Parmi les différents axes qui structurent l’affiche, le « Cycle T » est placé sous la responsabilité du jeune compositeur argentin Tomas Bordalejo. Après un « Rameau d’hier et d’aujourd’hui » par un duo ... d’accordéons !, en novembre dernier, ou un programme « Contrebasse vs. Contrebasse » il y a quelques jours, Bordalejo propose une soirée au profil plus traditionnel en conviant son compatriote Di Pierro à la Marbrerie. Avec Alphonse Cemin au piano, les pages de Schubert, Wolf, Debussy et Ravel qui ont été retenues augurent d’un magnifique moment d’intimisme musical - dans une acoustique propre à en restituer les moindres nuances.

Alain Cochard

logo signature article

(1) www.concertclassic.com/article/nahuel-di-pierro-chante-le-voyage-dhiver-lathenee-emotion-vraie-compte-rendu
(2) Notez que B Records a déjà publié, dans sa série « Athénée Live », un excellent volume Schumann (Myrten op. 25), capté à l’Athénée en 2014, interprété par Damien Pass, Léa Trommenschlager et Alphonse Cemin.
 
Nahuel Di Pierro (basse) & Alphonse Cemin (piano)
Œuvres de Schubert, Wolf, Debussy & RAvel
8 mars 2017 – 20h30 (Possibilité de restauration sur place à partir de 19h30)
La Marbrerie – Montreuil (21 rue Alexis Lepère / M° Mairie de Montreuil)
lamarbrerie.fr/melodies-nahuel-di-pierro-et-alphonse-cemin/

Photo Nahuel di Pierro © Alvaro Yañez

Partager par emailImprimer

Derniers articles