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Mitsuko Uchida, Klaus Mäkelä et l’Orchestre de Paris - Visions sublimes – Compte rendu

 
La dernière interprétation du Concerto pour piano n°17 de Mozart à la Philharmonie de Paris remonte à 2020. Sous la direction d’Ingo Metzmacher, Emmanuel Ax exposait toute son expressivité dans ce chef-d’œuvre daté 1784. Cinq ans plus tard, c’est au tour de la grande mozartienne Mitsuko Uchida de plonger dans les richesses de la partition, accompagnée par un Orchestre de Paris qui s’adapte parfaitement à son approche. Armée de son habituelle douceur, la pianiste progresse dans les lignes irisées et rehausse d’un admirable sentiment de timidité les égarements délicats de l’œuvre. La ligne manque d’un peu de fermeté, les phrases décrochent parfois légèrement en leur centre, mais on atteint un véritable sommet de délicatesse, trop rare pour ne pas remporter l’adhésion. En bis, une des Six Petites Pièces pour piano de Schoenberg, offre un moment émouvant d’intimité. 

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Mitsuko Uchida © Orchestre de Paris

Une vaste dérive contemplative
 

Au cœur du programme, Hell Mountain d’Anders Hillborg, en création française, résulte d’une commande du Concertgebouw Orchestra, de l’Orchestre de Paris, du Oslo Filharmonien et du Chicago Symphony Orchestra. Rien que ça ! Vaste dérive contemplative inspirée de la vision du Höllengebirge, la « Montagne de l’Enfer », située en Haute-Autriche, la pièce se construit en superpositions de nappes sonores. Alors que les timbres finissent par s’unir sur des résolutions majeures, apportant un peu de chaleur à ce tableau granitique, le saxophone soprano introduit à plusieurs reprises une splendide dissonance acide, évoquant une brume rayée par les aspérités rocheuses. Il faut alors toutes les forces de l’Orchestre de Paris et de ses musiciens supplémentaires pour restituer l’impression d’un paysage qui inspira à Mahler plusieurs de ses symphonies. Des interventions brutales des cloches tubulaires aux lignes de cuivres wagnériens, l’équilibre parfait trouvé par Klaus Mäkelä permet de saisir la richesse d’une pièce qui se pose comme une vision brute de pureté, ode vibrante à la montagne, trouvant sa conclusion dans une humble decrescendo bien loin d’une apothéose trop évidente.

 
Promenade rafraîchissante 
 
Après la douceur du concerto et le panorama onirique de Hell Mountain, la Symphonie en ut majeur de Bizet, avec son vigoureux motif d’exposition et ses multiples reprises, serait-elle l’éléphant dans le magasin de porcelaine ? L’inspiration de Klaus Mäkelä transforme la partition, qui n’était qu’un exercice pour le jeune Bizet, en une promenade rafraîchissante au cœur d’un riche ensemble de motifs mélodiques. On remarque les interventions charmeuses du hautbois dans l’Allegro ou la fugue menée avec précision par les cordes dans l’Adagio. Au cœur du Scherzo, qui manque parfois de trébucher, le duo hautbois-clarinette souffre d’un déséquilibre de nuances qui ampute cette gigue, aux airs irlandais, de la rondeur de la clarinette. L’Allegro final est une course effrénée qui évoque aussi bien une marche triomphale qu’une valse viennoise, pour une conclusion malicieuse qui fait honneur à l’endurance de la phalange parisienne (on n’oublie pas qu’elle a signé en 2009 une très belle version de la Symphonie de Bizet, sous la direction de Paavo Järvi).   
 
Antoine Sibelle
 

Paris, Philharmonie de Paris, 3 décembre 2025
 
Photo © Denis Allard
 

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