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Louise Farrenc par le Quatuor Hanson, Héloïse Luzzati & Tanguy de Williencourt à la BnF (5ème Saison musicale européenne) – Une générosité heureuse – Compte rendu

La collaboration de la Cité des Compositrices avec la Bibliothèque nationale de France et Radio France se poursuit. Un mois après un concert Claude Arrieu, la 5e Saison musicale européenne s’est penchée sur Louise Farrenc (1804-1875). Une figure sans doute mieux identifiée que d’autres artistes mises en lumière par l’association que dirige Héloïse Luzzati. Il est vrai qu’il y a deux décennies l’auditorium du Louvre lui avait consacré un cycle de six concerts et que des enregistrements de certaines de ses œuvres sont disponibles.

Anton Hanson, Tanguy de Williencourt & Héloïse Luzzati © Jean Fleuriot
Sous le signe du thème et variations
Un public très nombreux s’est en tout cas rendu à la salle Ovale de la BnF pour un programme chambriste servi par le Quatuor Hanson, Héloïse Luzzati et Tanguy de Williencourt : Grandes variations sur un thème du Comte Gallenberg op.25 (1838), 2e Trio pour violon, violoncelle et piano en ré mineur op. 34 (1844) et Quintette à cordes en mi bémol majeur op. 38 (1849/1850). Trois ouvrages qui ont en commun la forme thème et variations (dans les mouvemente lents pour les Opus 34 et 38) et embrassent une douzaine d’années de la riche carrière de Farrenc.
Ecrit immédiatement après le Trio n° 1 op. 33 (1841-1844), le Trio n°2 en ré mineur ouvre programme. L’ancienne élève de Reicha, s’y révèle admirable d’élégance et d’équilibre, préférant au pathos et à l’effet une générosité heureuse, que les archets d’Anton Hanson et Simon Dechambre, en parfait accord avec le jeu fluide et rayonnant de Tanguy de Williencourt, soulignent dans les deux mouvements vifs, tandis que le Tema con variazioni révèle le sens poétique, expressif et pudique, de l’autrice

Louise Farrenc © Palazetto Bru Zane - fonds Leduc
Et le nonette se fit quintette
Opus 38 ? Le Quintette porte en effet le même numéro que le Nonette, dans la même tonalité de mi bémol majeur. Et pour cause : il s’agit de l’adaptation par la compositrice d’une pièce initialement conçue pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, violon, alto, violoncelle et contrebasse. Le changement d’effectif modifie certes la perspective, mais pour un résultat pas moins séduisant que l’original, d’autant que les Hanson et Héloïse Luzzati montrent une profonde complicité dans leurs échanges. Les gros sentiments ne sont pas l’affaire de Louise Farrenc, mais que de fraîcheur, de bonheur mélodique, d’émerveillement (le Scherzo ! ) – et d’exigence technique pour les instrumentistes soit dit en passant... – trouve-t-on dans cette transcription-réinvention. Un ajout d’importance au répertoire du quintette à cordes !

Le Quatuor Hanson & Héloïse Luzzati © Jean Fleuriot
Le plaisir à l’état pur
En juin 2023 au TCE, un concert de l’Orchestre de chambre de Paris dirigé par Hervé Niquet, avait permis d’entendre une très belle interprétation des Grandes variations sur un thème du Comte Gallenberg sous les doigts de David Kadouch. Grâce au concert de la BnF, on découvre qu’il existe aussi une version (de l’autrice) pour quintette avec piano. Elle conclut le programme, venant rappeler la place qu’occupa le clavier dans la carrière de Louise Farrenc – elle devint professeure au Conservatoire de Paris en 1842. Un Opus 25 pétri de ce style brillant – on affaire à une élève de Hummel et Moscheles – dont un Chopin s’est tant nourri au commencement de sa carrière. Tanguy de Williencourt sait faire pétiller la pièce – digitalement redoutable ! – avec une élégance, une luminosité du toucher et un brio que le dynamisme du Quatuor Hanson valorise de bout et bout. Le plaisir à l’état pur.
Notez le 18 mai (18h30) sur vos tablettes, date du prochain concert de la Cité des Compositrices à la BnF.(1) Il sera cette fois consacré à Marcelle de Manziarly (1899-1989) et réunira Raphaëlle Moreau, Héloïse Luzzati, Mathilde Calderini dans quatre partitions de musique de chambre. Après la révélation des formidables Impressions de mer par Célia Oneto Bensaid, on brûle d’impatience de découvrir d’autres aspects de la production de l’ancienne élève de Nadia Boulanger.
Alain Cochard

(1) www.bnf.fr/fr/agenda/concert-marcelle-de-manziarly-1899-1989
Paris, Bibliothèque nationale de France, Salle Ovale, 27 avril 2026
Photo © Jean Fleuriot
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