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Le Villi de Puccini à l’Opéra de Nice – Génie de jeunesse – Compte rendu

On doit savoir gré à Bertrand Rossi, directeur de l’Opéra de Nice, de concevoir des programmations particulièrement stimulantes. Après un Elgar marquant en 2024, la scène niçoise propose le tout premier opus lyrique d’un Puccini de vingt-cinq ans : Le Villi, ouvrage rare à la scène, et annonciateur du génie à venir.

© Julien Perrin
Méli-mélo romantique
L’œuvre voit le jour en 1883 à l’occasion d’un concours organisé par l’éditeur Edoardo Sonzogno, destiné à révéler de jeunes compositeurs. Refusée par le jury – pour des raisons où les intrigues éditoriales l’emportèrent sur la lucidité artistique –, la partition est néanmoins créée le 31 mai 1884 au Teatro Dal Verme de Milan. Le succès est immédiat et attire l’attention de Giulio Ricordi, qui va prendre sous sa protection ce prometteur jeune homme.
Le Villi se présente comme un mélodrame romantique dans la tradition germanique, évoquant tant Georg Benda que Felix Mendelssohn. Une narration parlée, confiée ici à l’actrice Monica Guerritore, introduit le destin tragique d’Anna, jeune femme abandonnée par son amant Roberto. Morte de chagrin, elle rejoint les Villi – esprits vengeurs de jeunes filles trahies – et entraîne le parjure dans une danse infernale.
L’ouvrage est conçu comme un acte de ballet entrecoupé d’airs. Puccini s’inscrit d’abord dans la filiation du ballet façon Grand Opéra, et l’on pense très souvent aux sorcières du Macbeth de Verdi, avant de trouver rapidement ce lyrisme éperdu qui deviendra sa signature.

© Julien Perrin
Thomas Bettinger, ténor en or
Les pages vocales masculines s’y révèlent particulièrement marquantes : Armando Noguera prête à Guglielmo une autorité émouvante, mais sans grande projection. Vanessa Goikoetxea campe une Anna saisissante grâce à d’impressionnants moyens vocaux qui en font davantage une Walkyrie qu’une future Mimì. Thomas Bettinger déploie, dans le rôle de Roberto, un engagement croissant, culminant dans la grande scène finale, où son italianità enflammée, à la limite du sanglot, offre un bouleversant « Torna ai felici dì », tube absolu de l’œuvre.
Sous la direction de Valerio Galli, l’Orchestre Philharmonique de Nice déploie une palette chatoyante, encore minimale comparée aux raffinements prémonitoires d’Edgar, mais riche de contrastes et d’audace. Le Chœur de l’Opéra de Nice, particulièrement en forme, contribue pleinement à la réussite de l’ensemble.

© Julien Perrin
Grand spectacle, grand plaisir
La mise en scène est confiée à Stefano Poda – également signataire des décors, costumes, lumières et chorégraphie. On connaît la signature spectaculaire de cet artiste total, qui impose ici, après Nabucco puis Thaïs à Toulouse, une vision d’une forte cohérence. Côté jardin et côté cour, une statuaire d’antiques, allongée, comme autant de témoins de la beauté morte. En fond de scène, un gigantesque mur, concaténation de débris, entre Pompéi d’après l’éruption et musée lapidaire. Au centre, un arbre mort aux racines menaçantes – image qui n’est pas sans rappeler l’univers de Giuseppe Penone – incarne une nature ambivalente, à la fois protectrice et destructrice.
Les Villi prennent ici l’apparence de huit danseuses aux postures souvent athlétiques. De figures diaphanes, elles se métamorphosent peu à peu en créatures inquiétantes, entre goules et ménades. Le chœur, vêtu de longues chasubles blanches ou noires selon les scènes, confère à l’ensemble une forte dimension rituelle.
Fidèle à son esthétisme, Stefano Poda parvient à donner du sens au beau sans incongruités gratuites ni complications extrêmes. On songe parfois à l’héritage de Pier Luigi Pizzi devant cette grandiloquence fièrement assumée. Le résultat est un spectacle qui séduit l’œil sans jamais refuser l’émotion. Un parti pris qu’ont salué les longues ovations du public.
Vincent Borel

Puccini : Le Villi – Nice, Opéra, 30 avril 2026
Photo © Julien Perrin
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