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Louis Langrée dirige Beethoven et Schœnberg à l’Orchestre National de France – Une grande rencontre — Compte-rendu

Avec Pelléas et Mélisande de Schœnberg à l’Auditorium de Radio France, le projet de Louis Langrée (photo) autour de la pièce de Maeterlinck se termine. Grande rencontre que celle du chef avec un Orchestre National de France qu’il dirigeait pour première fois ! Dans la foulée de la production drame lyrique de Debussy au théâtre des Champs-Elysées – miracle de simplicité et d’intelligence musicale qui n’est pas près de quitter les mémoires ... –, ils ont enregistré la musique de scène de Gabriel Fauré ; elle s’insèrera dans une version radiophonique de l’ouvrage de l’écrivain belge à découvrir ultérieurement sur France Culture.(1) Patience
 
Nelson Freire © Benjamin Ealovega - Decca

Le poème symphonique de l’Autrichien occupe donc Langrée au cours d’une soirée ouverte par le 4èmeConcerto de Beethoven sous les doigts de Nelson Freire. Après quelques paroles du chef et une émouvante minute de silence à la mémoire des victimes de l’attentat de Manchester, le pianiste brésilien se lance dans l’Opus 58. Supérieurement dominée, mais toujours humble, sa vision lumineuse, lyrique, tendre aussi, remporte tous les suffrages. Pédalisation d’une subtilité prodigieuse : Freire modèle sa sonorité et pare des plus belles couleurs une interprétation continûment partagée avec une baguette attentive à la moindre inflexion de son propos - pour transmettre toute l’humaine respiration de Beethoven.

Changement d’effectif en seconde partie ; l’importance des forces requises par Pelléas et Mélisande impressionne, et explique en partie la rareté de l’ouvrage dans les salles. Situation regrettable car rien de plus accessible pourtant que cette partition terminée un peu moins de quatre ans après La Nuit transfigurée (dans sa version pour sextuor) et inscrite dans une esthétique symboliste dont Louis Langrée se sent très proche.
Parfaitement maître de la masse orchestrale – et de l’acoustique de l’auditorium –, le chef explore le drame instrumental et parvient une totale évidence dans le déploiement de la polyphonie – clarté et densité ne s’opposent pas une seule seconde plus de quarante-cinq minutes durant – mais ce sont d’abord la puissance évocatrice de sa battue et la force des images surgissant d’un orchestre viscéralement engagé dans la musique qui font le prix de ce mémorable Schœnberg.
Puisse la rencontre de Louis Langrée et du National connaître rapidement une suite - ils ont tant de choses à se dire ...

A noter sur vos agendas, la venue de Louis Langrée et de son Orchestre de Cincinnati le 8 et 9 septembre à la Seine Musicale, dans le cadre d'une grande tournée européenne de la formation américaine (2)

 

Alain Cochard

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(1)Mélisande: Leslie Menu
Pelléas: Thibault Vinçon
Golaud: Denis Podalydès
Arkel: Michael Lonsdale
Geneviève: Ludmila Mikaël
Le médecin: Michel Robin
Yniold: Clara Noël
Les servantes: Cécile Bouillot, Cécile Brune, Claude Mathieu
Le portier: Gabriel Dufay
Diffusion sur France Culture courant décembre 2017

(2) http://www.cincinnati.com/story/entertainment/2017/05/12/cincinnati-symphonys-european-tour-include-stops-uk-france-belgium-netherlands-spain/100885784/
 
Paris, Auditorium de Radio France, 24 mai 2017

Photo Louis Langrée © Benoit Linero

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