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Lillian Gordis interprète Bach – Sous le signe du 6 — Compte rendu

 

Des albums Bach et Scarlatti, sortis chez Paraty, ont déjà mis en lumière le magnifique talent de Lillian Gordis. Disciple de Pierre Hantaï, la claveciniste franco-américaine se fait à nouveau remarquer avec un double album Bach pour le label Artalinna. «La figure centrale », dit l’interprète d’un compositeur présent depuis le début de son parcours musical (qui commença par le piano). Si Lillian Gordis a déjà enregistré  – et réussi  – les 1ère et 4ème Partitas, elle attendait pour la 6ème. Une œuvre travaillée très – trop – tôt et qu’elle n’a accepté de confier aux micros qu’avec l’absolue conviction que le moment était enfin venu. Autour du BWV 830, elle a bâti un programme sous le sous le signe de l'harmonieux nombre 6, qui, après la Suite anglaise n° 6, se prolonge par six préludes et fugues tirés du Livre II du Clavier Bien Tempéré (les BWV 880, 886, 871, 878, 887 & 892) pour se refermer donc sur la Partita n° 6.
 
 

Dans l’acoustique parfaite de l’église d’Haarlem
 
Dès les premières mesures de la Suite anglaise BWV 811, par la hauteur de vue qui s’y manifeste, on comprend qu’un grand voyage commence, dans un air vivifiant. Hauteur de vue, mais sans jamais rien de hautain ni distant. Tout au contraire l’intelligence et l’émerveillement que Lillian Gordis manifeste face aux architectures sonores du Cantor tiennent toujours l’oreille en éveil. C'est le cœur qui vise haut. La spendide prise de son d’Aline Blondiau dans l’acoustique parfaite pour le clavecin de l’église d’Haarlem au Pays-Bas – où Leonhardt et Hantaï son passés avant Gordis –, le remarquable instrument de Philippe Humeau participent évidemment de la réussite de l’enregistrement, mais elle est d’abord celle d’une musicienne de premier ordre que le public parisien aura le plaisir de retrouver le 6 janvier à la Mairie de Paris Centre (à 19h30). Un programme tout Bach pour préluder à la sortie officielle de l’album, le 16 janvier.

Quand notes et silences font sens
 
Un récital à la Marie de Paris Centre, le 6 janvier, pour préluder à la sortie officielle de l’album dix jours plus tard, aura d’ailleurs permis de le constater, et de mesurer à quel point la jeune femme parvient à susciter l’écoute la plus attentive. Quatre Préludes et Fugues du Livre II du Clavier Bien Tempéré – les nos 9 (BWV 878), 17 (BWV 886), 18 (BWV 887) et 23 (BWV 892) – ouvrent le programme. Difficile ne se pas laisser prendre par cette manière tout à la fois simple et agissante d’explorer les partitions. La claveciniste a confié ces pièces aux micros, mais n’a pas pour dessein de reproduire son disque en public. Magie de la musique au présent : elle sait se laisser surprendre par des compositions dont elle déploie la complexe polyphonie avec une rare aisance – quel équilibre dans les fugues. Déploiement absolument naturel et poétique, où la phénoménale science du Cantor ne donne jamais l’impression de se pousser du col par manque d’humilité de l’exécutant.
Lillian Gordis ne précipite jamais le tempo, mais fait continûment vivre – respirer – le texte et avancer le discours, par son sens du détail, sa façon de souligner certaines harmonies, de sonder les silences aussi. L’interprétation de la Partita n° 6 manifeste les mêmes qualités et, avec autant de vie que de lyrisme, chemine jusqu’à une Gigue jamais précipitée. Comme depuis le début du début du récital, chaque note y fait sens.
 
Une interprète à suivre avec attention, on le sait depuis un bon moment déjà, dont la prochaine entreprise discographique (toujours pour Artalinna) réunira les 14 In Nomine de John Bull et deux pièces contemporaines signées Nico Muhly et Cashel Day-Lewis. Un projet pour le moins original qui mûrit depuis une décennie dans l’esprit de Lillian Gordis. Là encore, le moment est venu.

 
Alain Cochard

> Les prochains concerts "Jean-Sébastien Bach" <

Lillian Gordis, clavecin
Œuvres de Bach (2CD Artalinna, sortie le 16 janvier)
Paris, Mairie de Paris-Centre ( Salle des fêtes), 6 janvier 2026
Prochain concert à la Mairie de Paris Centre le 13 janvier 2026 (entrée libre) avec la mezzo Yété Quiroz et le Farben Trio dans un programme « Voix du Brésil et d’ailleurs ».
 
 
Photo :  Lillian Gordis © Marc de Pierrefeu – Le Philtre

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