Journal

​Ermione de Rossini à l’Opéra de Marseille – Tragédie et bel canto – Compte-rendu

 

Après I Masnadieri de Verdi il y a quelques jours, c’est une autre œuvre peu jouée et jamais donnée à Marseille que l’opéra phocéen vient de programmer à deux reprises en version de concert : Ermione, « azione tragica » de Rossini créée au San Carlo de Naples le 27 mars 1819. Succès populaire garanti, d’autant plus que les marseillais retrouvaient à cette occasion leur « couple de cœur » Karine Deshayes et Enea Scala, ainsi que Michele Spotti, le jeune directeur musical maison, réclamé désormais un peu partout dans le monde.

 

Michele Spotti © Christian Dresse

Un Rossini dramatique

Composé au milieu de la carrière du musicien, l’ouvrage est tiré de l’Andromaque de Racine ; l’histoire en est ainsi résumée par Olivier Bellamy dans le programme : « Oreste aime Ermione qui aime Pirro qui aime Andromaque qui aime un mort." Une tragédie, donc, et des nouveautés dans la composition de Rossini qui n’hésite pas à inclure le chœur… Au cœur de l’ouverture ; à l’antique en quelque sorte ! Somptueux prélude, en fait, avec les phrases musicales affectionnées par le compositeur qui, ici, prennent des couleurs dramatiques là où ailleurs, elle s’épanouiraient, délicatement pétillantes et joyeuses. Une partition assez géniale où l’on reconnaît le savoir composer de Rossini mais qui nous transporte dans un univers belcantiste dramatique où la farce n’a pas cours. »

 

Ena Scala & Teresa Iervolino © Christian Dresse

Investissement collectif

Du génie, Michele Spotti n’en manque pas lui non plus. Rossini, il aime, et cela s’entend ; la direction est précise, fouillée, attentionnée en permanence. Il réclame des nuances et les obtient illico ; il communique par le regard avec ses musiciens et le chœur, mais aussi avec les solistes par une écoute sans faille et une immense délicatesse dans la marque des départs. Du grand art et un investissement total que tous reconnaissent et honorent par la qualité de leur interprétation. En particulier les musiciens de l’orchestre dont la précision, les couleurs, la chaleur sont irréprochables à tous les pupitres.

Bientôt Wagner

Il sera intéressant de voir, et surtout d’entendre, plus tard dans la saison, comment Michele Spotti transformera le son de l’orchestre qui devra passer de la chaleur méditerranéenne à l’ambiance germanique du Rheingold, à l’affiche du 5 au 13 mai pour quatre dates (1). Rencontré mardi soir avant la représentation, le maestro nous confiait qu’après le Requiem Allemand qu’il donne le 27 février (2) il prendra un mois de « vacances » pour étudier les partitions de Lohengrin et Rheingold afin de réussir ses premières directions wagnériennes …

 

Matteo Macchioni & Louis Morvan © Christian Dresse

Distribution irréprochable

Maurice Xiberras, directeur de l’opéra marseillais, a composé une nouvelle fois une distribution de rêve pour Ermione. Il sait fort bien qu’une version de concert ne souffre aucune faiblesse et que la qualité des voix doit pallier l’absence de travail scénique. Mission accomplie avec deux triomphes, dimanche après-midi et mardi soir. Puissance, projection, sûreté de la vocalise, aigus percutants, virtuosité et diction : Karine Deshayes (photo à dr.) est une Ermione dont on se souviendra. A ses côtés, l’Andromaque de Teresa Iervolino est sensible, vibrato maîtrisé, avec la couleur et la douleur qui siéent au personnage. Marina Fita Monfort (Cleone) et Mathilde Ortscheidt (Cefise) montrent des qualités vocales marquées par la jeunesse avec des timbres agréables et une belle présence.

Rompu au rôle de Pirrhus, Enea Scala fait du Enea Scala. Ténor claironnant, puissance assurée et assumée, il travaille ses graves avec bonheur procurant à son registre une dimension supplémentaire. Grande prestation, aussi, de Levy Sekgapane (photo à g.) ; virtuose à souhait, le ténor sud-africain se sort sans problème d’airs sophistiqués et ardus, et reçoit l’ovation de la soirée de la part d’une salle conquise, qui l’entendra à nouveau avec plaisir. Tout ceci complété par l’assurance et la prestance de la basse Louis Morvan (Fenicio), le timbre très agréable de Matteo Macchioni et la classe que nous connaissons chez Carl Ghazarossian (Attalo). Enfin, comment le pas évoquer une nouvelle fois la qualité du chœur, admirablement préparé par Florent Mayet. Ermione à Marseille : un modèle de tragédie lyrique.

Michel Egéa
 

(1)   opera-odeon.marseille.fr/programmation/das-rheingold
 
(2)   opera-odeon.marseille.fr/programmation/concert-de-lorchestre-philharmonique-et-du-choeur-de-marseille
 
Rossini : Ermione – Marseille, Opéra, 24 février 2026

Photos © Christian Dresse

Partager par emailImprimer

Derniers articles