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Les Pêcheurs de perles à Strasbourg - Massis-Davin : leçon de style

Ouvrage de jeunesse souvent mésestimé, Les Pêcheurs de perles (1863) reste généralement tributaire de l’exotisme de son livret. La nouvelle production que l’Opéra national du Rhin a commandée à Vincent Boussard a le mérite de le sortir de cette gangue. Comme souvent, le metteur en scène juxtapose les images et les références – la vie de Bizet, dont Zurga incarne la projection ; les loges d’un théâtre lyrique ; une abondante et élégante vidéographie faite de mer, de fumées et de chandelles comme autant de perles ; le voile de Leïla où l’héroïne semble prise comme dans un filet de pêche. Mais cela ne dépasse pas une scénographie habile et cohérente, qui instille malgré elle une trompeuse apparence de facilité, accentuée par des effets maintes fois éprouvés et peu commodes pour les interprètes – en particulier l’eau qui inonde le plateau.

Du moins cette générosité iconographique inspire-t-elle la Leïla d’Annick Massis. Au-delà de la lumineuse souplesse de sa voix, la soprano française, familière du rôle pour l’avoir chanté dans quatre productions différentes, éclaire le personnage d’une manière inattendue. Dans son serment au I, elle touche par le frémissement discret qui affleure sous une humaine et fragile réserve – vrai régal que ces chaleureuses nuances dans le timbre ! –, mais face à Zurga, dans le duo du III, elle fait entendre en germe dans son imploration les accents de Carmen – avec un soupçon de Micaëla pour l’innocence.

A cette authentique incarnation répond l’investissement dramatique de Sébastien Guèze en Nadir, qui essaie de compenser une émission puissante mais garrotée, obérant les indéniables efforts de style. Etienne Dupuis campe un remarquable Zurga, à la diction intelligible, nonobstant quelques graves malencontreusement rocailleux. Basse jeune encore mais solide déjà, Jean Teitgen incarne un crédible Nourabad.

Préparés par Michel Capperon, les Chœurs de l’Opéra national du Rhin réalisent un appréciable travail. La clef de voûte de la soirée tient cependant entre les mains de Patrick Davin. Sous sa baguette subtile et attentive aux nuances de la partition, où l’on entend autant les leçons des maîtres de Bizet qu’une originalité déjà affirmée et les prémices des œuvres futures, les musiciens de l’Orchestre symphonique de Mulhouse donnent le meilleur d’eux-mêmes. 

Gilles Charlassier

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Photo : Alain Kaiser
 

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