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Le Trio Zarathoustra à la Salle Cortot / Prélude au 45e Festival d’Auvers-sur-Oise – Promesses tenues – Compte-rendu

Zarathoustra : leur nom ne passe pas inaperçu, leur talent non plus ! En 2021, Concertclassic vous avait signalé le trio constitué par Thomas Briant (violon), Eliott Leridon (violoncelle) et Théotime Gillot (piano) à l’occasion de la soirée des ensembles en résidence du 41e Festival de la Roque d’Anthéron. (1) Fondée en 2019, la formation venait de terminer son cursus dans la classe de musique de chambre de Claire Désert au CNSMDP ; elle continue à présent de recevoir les conseils de Louis Rodde et du Trio Wanderer au CRR de Paris.
Premier enregistrement
Ce Trio Wanderer qui, en 1990, fut le premier à enregistrer pour DiscAuvers, le label du Festival d’Auvers-sur-Oise ... On ne s’étonne pas que Pascal Escande ait éprouvé un coup de foudre pour la contagieuse musicalité des Zarathoustra, et décidé de leur permettre de réaliser leur premier disque chez DiscAuvers. Pleine réussite que cet enregistrement (remarquablement capté par les micros d’Hugo Scremin) dominé par les deux trios de Dimitri Chostakovitch et complété par le Quatuor en la mineur de Mahler (avec Edgar Francis à l’alto) et une création d’Elise Bertrand.
En 2021 à la Roque, le Largo et le finale de l’Opus 67 de Chostakovitch – déjà ! – soulignaient une perception très juste de l’univers de ce compositeur et autorisaient à placer de plus que solides espoirs en ce tout jeune trio. Cinq années ont passé, les promesses ont été amplement tenues ! La sortie du premier disque des Zarathoustra a été fêtée à la salle Cortot avec un programme identique à celui de l’enregistrement. Soirée qui tenait lieu de prélude à la 45e édition du Festival d’Auvers-sur-Oise (dont les Zarathoustra sont le jeune ensemble en résidence cette année).

Thomas Briant, Théotime Gillot & Eliott Leridon © DR
Une humanité bouleversante et terrible
Du 1er Trio (1923), partition d’un seul tenant, gorgée de souvenirs romantiques, née de la plume d’un musicien d’à peine 17 ans encore élève du Conservatoire de Léningrad, les Zarathoustra s’emparent pour totalement faire corps avec la musique. Œuvre de jeunesse peu représentative et d’intérêt secondaire, on pu dire certains commentateurs ... Les interprètes leur donnent tort par la densité de leur propos et l’intelligence avec laquelle ils sondent les harmonies de la pièce tout en la laissant se déployer très librement.
Rien de commun évidemment entre l’Opus 8 et le Trio n°2 écrit deux décennies plus tard par Dmitri Dmitrievitch sous le coup de la mort de son ami Ivan Sollertinski. Dimension personnelle qui s’ajoute à un contexte historique et politique que la date de composition – 1944 – résume. Une musique sombre, abstraite à bien des égards, mais hantée aussi par l’effroyable concrétude de la guerre et du stalinisme. Traduire cette complexité n’est pas à la portée du premier trio venu : chapeau bas aux Zarathoustra qui y parviennent avec une humanité bouleversante et terrible !

Elise Bertrand © DR
Le trait d’union réussi d’Elise Bertrand
Avec Les aubes rouges (pièce d’une dizaine de minutes pour trio avec piano, conçue pour s’insérer dans le programme Chostakovitch-Mahler), Elise Bertrand a su imaginer un convaincant trait d’union en se référant aux univers oppressants des deux compositeurs, le système soviétique d’une part, la Vienne antisémite de l’autre. Une pièce d’une grande prégnance, qui conduisait tout naturellement au Mahler. Quatuor « des regrets » pourrait-on l’intituler : regrets des mélomanes de devoir se contenter de cette seule et une unique pièce chambriste – en un unique mouvement de surcroît – de l’Autrichien ; regrets d’autant plus grands quand des interprètes tels que les Zarathoustra la servent avec une telle intensité lyrique.
Deux anniversaires et une création
Magnifique prélude chambriste donc à la 45e édition d’une manifestation qui s’étale du 28 mai au 3 juillet pour sa partie « in ». L’essentiel de la programmation se déroulera à ou autour d’Auvers-sur-Oise, mais notez dès à présent la date parisienne du 2 juin. Cette soirée au Musée d'Orsay marquera un double anniversaire : les 45 ans du festival et les 40 ans du musée et sera marquée par la création d’un poème symphonique de Thierry Escaich, inspiré par des toiles de Renoir et Van Gogh. Anastasia Kobekina – grande fidèle du festival depuis une décennie – et l’Orchestre de chambre de Paris dirigé par Thomas Hengelbrock assureront la première d’un ouvrage qu’entoureront des partitions de Stravinski (Pulcinella) et de Saint-Saëns (Symphonie n°2)
Avant le démarrage du « in », on prêtera la plus grande attention à la partie «off » du festival, très ouverte à la jeune génération. Elle verra se succéder Kuo Wang (2/05), vainqueur du concours Piano Campus 2024, Nadja Dornik (3/05), le Chœur Jean-Philippe Rameau de Versailles (9/05), le Venti Cello Quartet (10/05), le Duo Oscar Hatzfeld-Martin Jaspard (17/05), Vera Danilina (17/05), le Duo Azul (23/05) et l’Ensemble Vocal de la Maîtrise de Paris (24/05).
Alain Cochard

Paris, Salle Cortot, 12 mars 2026
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