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​Arsenic et Bel canto par l’association Opsi-Opla – C’est même à ça qu’on les reconnaît – Compte rendu

 
On commence par se dire : ils ne reculent devant rien. Après avoir monté un Mozart, plusieurs Rossini et deux spectacles autour d’Offenbach, la compagnie amateur Opsi-Opla va toujours plus loin, avec cette fois une sorte de pasticcio d’airs et ensembles de Bellini, Donizetti et Verdi. Autrement dit, du lourd, voire du très lourd. Ils osent tout. Et ils se prennent vraiment très au sérieux, en ouvrant sur le premier duo de La Traviata.

 

© Opsi-Opla

 
Aimablement loufoque

 
Mais cette première impression est vite contredite, car les dialogues en français, écrits par l’occasion par Elisabeth Bartel, qui assure aussi la mise en scène, créent bientôt un climat aimablement loufoque : dans une vague cour européenne, où tout le monde est duc ou marquis, Violetta est fiancée à Don Pasquale mais courtisée par Nemorino et Alfredo, Rigoletto est l’époux d’Amelia, et le « duc di Giovanni » n’a besoin ni des élixirs du docteur Miracolo ni de la sorcellerie de la bohémienne Azucena pour séduire toutes les belles. Les intrigues s’entremêlent, prétexte à inclure des pages plus ou moins célèbres (il y aura même un extrait de Beatrice di Tenda), non sans transformer parfois un duo en trio (« Dio, che nell’alma infondere ») ou en quintette (« Si, fino all’ora estrema » de Norma).

 

© Opsi-Opla

 
Second degré
 
Et vient le moment où l’on comprend que, décidément, les membres de la compagnie Opsi-Opla n’ont pas grand-chose en commun avec ceux dont Michel Audiard disait qu’ils osent tout, « c’est même à ça qu’on les reconnaît » : tout à coup, le quatrième mur est brisé, les chanteurs se mettent à discuter du texte qu’on leur fait interpréter, et qu’ils sont en fait en train de travailler. Il s’agit en fait de la répétition d’un spectacle qui sera donné dans quelques jours, et dont la metteuse en scène – incarnée par Virginie Marry – interviendra désormais à intervalles réguliers pour relancer l’énergie des troupes et corriger diverses bévues. Ce second degré n’empêche pourtant pas Arsenic et Bel canto de prendre un virage plus grave dans sa dernière demi-heure, poison oblige, mais tout finira bien, avec un retour à Traviata et son inévitable « Libiamo ».

 

© Opsi-Opla

De nouveaux venus

Par rapport à L’Italienne à Alger donné l’an dernier, on retrouve bien sûr un certain nombre de têtes d’affiche, auxquelles s’ajoutent quelques nouveaux venus. Fidèle au poste, le pianiste Geun-Haeng Cho rejoint par le clarinettiste Yvain Garde assurent vaillamment l’accompagnement de tout le spectacle. Parmi les chanteurs, certains n’étaient que choristes dans le Rossini, mais le principe même du pasticcio permet cette fois une répartition plus équitable des tâches. Fondatrice de l’association, Marie-Anne Chassaing livre un intense « Stride la vampa », tandis que Philippe Moiroud brille dans « Cortigiani, vil razza dannata ». Si l’on regrette de ne pas retrouver l’excellent Bergson Kouamé, trois ténors lui succèdent cette année, parmi lesquels on retiendra surtout Cyrille Vouillot. Plus qu’en Violetta, Fazia Rabache s’épanouit en Norina ou en Oscar du Bal masqué, et Nathalie Gautier fait remarquer la beauté de son timbre en Gilda.
 
Laurent Bury

 

Arsenic et Bel canto - Centre Paris Anim Mado Robin (17e), samedi 28 mars 2026 ; prochaines représentations le 1er avril (19h30) au même lieu, puis le 12 avril (16h30) au Conservatoire de Courbevoie, et le 18 avril (18h30) au Centre Paris Anim Jacques Bravo (9e) // www.helloasso.com/associations/opsi-opla
 
Photo © Opsi-Opla

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