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​La Vie parisienne selon Valérie Lesort au Châtelet [jusqu'au 11 juillet] – Chantecler et cochonnaille – Compte rendu

La méthode avait si excellemment fonctionné pour Le Domino noir d’Auber à l’Opéra-Comique (1) que Valérie Lesort aura voulu la réemployer, on le comprend aisément. Evidemment, de l’aimable bluette de Scribe à la satire loufoque de Meilhac et Halévy, il y a un pas, d’où une relative crispation du propos. A la diversité de la ménagerie succède un certain systématisme : tous des porcs, toutes des poules ! L’humanité ne songe ici qu’à une chose, et finira d’ailleurs par se vautrer dans le stupre, s’étaler dans la fange.
Une fois de plus, Vanessa Sannino a fait merveille avec ses costumes, les aigrettes et jabots de la mode 1900 transformant les dames en cocottes, tandis que tous les messieurs se voient gratifier d’une queue en tire-bouchon et de rotondités dignes d’un porcelet primé. Les noms des personnages secondaires ont été revus et corrigés (l’ami du baron devient Porcata au lieu de Frascata, la tante de Bobinet n’est plus Mme de Quimper-Karadec mais de Quimper-Cocodec…), on a rameuté toutes les expressions de la langue française tournant autour des gallinacés et des cochons, sans rien perdre de l’immoralité joyeuse, avec cancan obligé, dans les décors astucieusement mobiles d’Eric Ruf.

 
 

© Marie Oppert (Gabrielle) & Jérémy Lopez (Frick) Thomas Amouroux

Pour la troupe de la Comédie-Française

Et comme La Vie parisienne avait été créé par les comédiens du Théâtre du Palais-Royal, c’est à la troupe de la Comédie-Française que les rôles sont confiés. En dehors de Marie Oppert en Gabrielle, aucun n’est véritablement artiste lyrique, même s’ils se sont produits dans des spectacles de chanson. C’est là qu’il a fallu trouver des arrangements, comme Offenbach lui-même a dû le faire, la récente version « réinventée » par le Palazzetto Bru Zane nous l’a rappelé. Certains passages ont été coupés purement et simplement (pas de « cicérone » guidant les étrangers dans « la moderne Babylone »), d’autres sont déclamés en mélodrame, et beaucoup sont transposés pour que les acteurs soient plus à l’aise. Dans deux cas sur lesquels on reviendra, une voix d’homme chante un rôle de femme et vice versa, d’où un inévitable bouleversement de certains ensembles, mais la partition en a vu d’autres.

 

© Thomas Amouroux

 
Alexandra Cravero s’en accommode vaillamment, optant pour des tempos assez mesurés pour ne pas mettre les comédiens dans l’embarras, et se pliant à la mise en scène quand « ses petits pieds font toc toc toc » est indûment alourdi par le piétinement des poulardes. L’Orchestre de chambre de Paris interprète sobrement, sans précipitation, la musique d’Offenbach avant de céder la place aux Frivolités Parisiennes à partir du 27 juin, et les seize chanteurs de l’Ensemble La marquise apportent une contribution bienvenue, soutenant parfois de leur voix des passages où les solistes ne suffiraient peut-être pas, dix danseurs occupant aussi la scène à quelques moments clés.

 

Christian Hecq (Gondremark) & Yoann Gasiorowski (la baronne de Gondremark) © Thomas Amouroux

 
Un couple délicieusement mal assorti

Comme on pouvait s’y attendre, Christian Hecq est irrésistible en Gondremark, et forme avec Yoann Gasiorowski, inattendu en baronne, un couple délicieusement mal assorti. Benjamin Lavernhe est un excellent Raoul mais manque un peu d’aigus pour pouvoir assumer tous les airs du personnage. Elsa Lepoivre déçoit d’abord en Métella, un peu à court de voix, mais prend toute sa revanche avec le dernier air, interprété d’une voix grave à la Juliette Gréco. Serge Bagdassarian propose une entrée du Brésilien sans grand éclat, mais ravit au dernier acte par son pseudo accent portugais. Pas d’accent allemand pour Frick (ni de « Wir wollen essen » pour ses amis), mais Jérémy Lopez s’impose sans peine en bottier. Dommage que Véronique Vella, si bien disante et chantante, n’apparaisse qu’au troisième acte, en Pauline. Nicolas Lormeau est un Prosper pittoresque, et Marie Oppert rajoute des aigus à Gabrielle pour briller à chaque occasion. Deux jeunes recrues de la troupe se font remarquer par leur aisance vocale : Baptiste Chabauty en Bobinet et, dans le rôle masculin d’Urbain, Mélissa Polonie au beau registre grave, Sefa Yeboah complétant la distribution dans les rôles de valet.

Laurent Bury
 

(1) www.concertclassic.com/article/reprise-du-domino-noir-lopera-comique-quest-ce-quon-attend-pour-etre-heureux-compte-rendu

Jacques Offenbach : La Vie parisienne – Paris, Théâtre du Châtelet, 13 juin (2e  repr.) ; prochaines représentations les 14, 16, 17, 19, 20, 22, 23, 24, 27, 28, 29 juin , 4, 5, 7, 8, 10 & 11 juillet 2026 // www.chatelet.com/programmation/25-26/la-vie-parisienne/

Photo © Thomas Amouroux

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