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​La Dame blanche à l’Opéra de Rennes (Festival « L’Amour de loin ») – Vivement la tournée !

On s’attendait à découvrir La Dame blanche au Théâtre Impérial de Compiègne début novembre, avant qu’elle ne parte en tournée, mais le satané virus en a une fois de plus décidé autrement et est venu contrarier le déroulement normal des choses... Tout n’est pas tombé à l’eau pour autant : le travail de l’équipe réunie par la Co[opéra]tive a pu trouver une concrétisation immédiate, grâce à sa captation à l’Opéra de Rennes et sa retransmission, le 11 décembre, dans le cadre de « L’Amour de loin », festival digital imaginé par les orchestres et maisons d’opéra membres des Forces musicales.
 

© Rémi Blasquez
 
Dans la salle, où l’on a pu se glisser la veille de la diffusion, comme à l’écran, la qualité du spectacle signé de Louise Vignaud, jeune metteuse en scène venue du monde du théâtre, et dirigé par Nicolas Simon s’impose sans discussion. Après la Petite Messe solennelle de Rossini l’an dernier, ce Boieldieu vient s’ajouter à la liste des réussites de la Co[opéra]tive.
Simplicité et élégance de la scénographie (d’Irène Vignaud, avec de très belles lumières de Luc Michel) : La Dame blanche selon Louise Vignaud répond parfaitement au cahier des charges de la compagnie fondée par Loic Boissier en 2015 et séduit par son inventive économie de moyens et sa fluidité, autant que par le coup de jeune apporté par la réécriture des dialogues (saluons l’opportun raccourcissement de ceux de l'Acte II, interminables dans la version originale) et l’introduction d’apartés bienvenus entre certains personnages et le public.
Pas un temps mort dans le déroulement d’une partition que Louise Vignaud transpose dans un univers animalier – un régal pour Cindy Lombardi, costumière inventive, et partant pour l’œil du spectateur.
 

© Rémi Blasquez

A la vivacité des images répond l’énergie d’un vrai travail de troupe. La distribution, très homogène, confirme d’abord le talent de Sahy Ratia (photo à dr.), jeune ténor d’origine malgache (né en 1991) en plein envol dont le Georges Brown rafle la mise, fringant, séducteur et d’une présence scénique rayonnante. De ce point vue, comme sur le plan vocal, Fabien Hyon (photo à g., Dikson) et Sandrine Buendia (Jenny), idéalement appariés, ne méritent que des éloges. Même si Caroline Jestaedt montre un peu de fragilité parfois, le charme de son Anna, cachée derrière un blanc masque de chouette, est indéniable. En Gaveston, Yannis François offre une incarnation singulière, pleine de sournoiserie et plus complexe qu’on en a l’habitude pour ce rôle. Majdouline Zerari (Marguerite) et Ronan Airault (Marc-Irton) occupent fort bien leurs emplois, tandis que les chanteurs du Cortège d’Orphée (dir. Anthony Lo Papa) apportent, tant par la voix que le jeu scénique, une contribution de taille au dynamisme du spectacle.
Quant à la fosse, où Nicolas Simon (2) mène dix-neuf instrumentistes des Siècles (le compositeur Robin Melchior signe un remarquable arrangement orchestral), tout n’y que vie, prestesse, élan, couleur, engagement – et attention au plateau !
 
La captation diffusée le 11 décembre demeure disponible gratuitement en replay. Quant à la tournée de la production, elle est reportée à la saison prochaine et l’on sait déjà que ce délicieux Boieldieu animalier fera étape à Rennes fin 2021 durant la période des fêtes.
 
Alain Cochard

Boieldieu : La Dame blanche – Rennes, Opéra, 10 décembre 2020 ; diffusion le 11 décembre dans le cadre du Festival digital « L’Amour de loin », disponible en replay gratuit sur : bit.ly/2WwM8kn
 
 
(1)         www.concertclassic.com/article/rinaldo-part-en-tournee-avec-la-cooperative-exigence-et-itinerance
(2)         Retrouvez l’interview de Nicolas Simon réalisée le 24/10/2020 : www.concertclassic.com/article/une-interview-de-nicolas-simon-chef-dorchestre-la-dramaturgie-de-la-dame-blanche-est-dune
 
Photo © Rémi Blasquez

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