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La Belle au bois dormant de Respighi par l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin – Merveilleuse fluidité – Compte-rendu

Une programmation pour le jeune public ? La chose n’a rien de très original de nos jours de la part d’une institution lyrique. Une politique parvenant à conjuguer la sensibilisation des têtes blondes à l’opéra, la redécouverte d’ouvrages oubliés (ou parfois des créations) dans des productions de qualité et les activités d’une structure de formation de jeunes chanteurs l’est en revanche plus. C’est ce à quoi, par la volonté de son directeur Marc Clémeur, l’Opéra national du Rhin parvient depuis quelques années avec l’Opéra Studio de Colmar. Après Aladin et la lampe merveilleuse de Nino Rota (spectacle qui fit découvrir à la France le talent du metteur en scène Waut Koeken), Le Chat botté de César Cui ou encore Blanche Neige de Marius Felix Lange, une belle découverte attendait à nouveau le public, jeune ou moins jeune, à Colmar avec La Belle au bois dormant d’Ottorino Respighi.
 

© Alain Kaiser
 
Conçu pour un spectacle de marionnettes, l'ouvrage (créé en 1922, révisé en 1934) demeure comme la plupart de ceux du maître italien méconnu en France, hélas. L’art de Respighi ne se réduit pourtant pas aux Pins de Rome et l’on sait gré à l’OnR et à son Opéra Studio d’avoir entraîné de jeunes chanteurs dans une partition dont Vincent Monteil a réalisé la traduction française (directeur de l’Opéra Studio, il a aussi adapté la partie d’orchestre pour un effectif réduit mais en rien étique).
 
 

© Alain Kaiser

Valentina Carrasco (une membre du collectif La Fura dels Baus) effectuait là sa première expérience de spectacle pour enfants. A en juger par l’attention et les réactions de ceux présents lors de la première, elle a pleinement atteint son but ! - ce avec une économie de moyens exemplaire. Hormis quelques rares accessoires, le décor n’est que tulles en mouvement subtilement éclairés par Peter Van Praet ; une merveilleuse fluidité en résulte, accentuée par les vidéos de Carles Berga.
 

© Alain Kaiser

Quant à l’équipe de l’Opéra Studio, elle joue pleinement le jeu d’une œuvre qui, il est vrai, lui réserve des morceaux de choix. Rocío Pérez fait face avec beaucoup d’aisance et de charme à la souvent périlleuse partie de la Fée bleue, l’un des rôles lrs plus saillants avec celui de la Fée noire/La Vieille édentée/ La Duchesse. Pour ce triple emploi, Marie Cubaynes, ancienne pensionnaire de l’Opéra Studio, ne rate pas son retour à Colmar et partage avec un évident bonheur la dynamique qui anime l’actuelle équipe. Princesse (et Rossignol), Gaëlle Alix forme un beau couple avec le Prince de Sunggoo Lee, qui sait toucher l’auditoire malgré une émission un peu voilée en ce soir de première. Quant à Lamia Beuque (Le Coucou, La Reine, Le Chat), Peter Kirk (La Grenouille, Le Bouffon), Jaroslaw Kitala (Le Bûcheron), David Oller (Le Roi), Nathanaël Tavernier (L’Ambassadeur) et Franciso Gil (Mister Dollar), ils dessinent avec justesse leurs personnages bien guidés par la régie poétique, tendre, vivante, drôle aussi, et continûment inventive de Valentina Carrasco.
 
A la tête de musiciens issus de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, Vincent Monteil fait corps avec sensibilité et vie aux contrastes de la partition et aux oniriques mouvements de la mise en scène. Après les représentions strasbourgeoises (du 3 au 9 janvier), il sera à la tête de l’ensemble Le Balcon pour la reprise du spectacle à Paris (du 17 au 22 janvier, Théâtre de l’Athénée).
 
Quant à la saison 2015-2016, on est en mesure de vous révéler que la Cendrillon d’Ermanno Wolf-Ferrari (1876-1948) occupera les stagiaires de l’Opéra Studio.
 
Alain Cochard
 
Respighi : La Belle au bois dormant – Colmar, Théâtre Municipal, 19 décembre 2014, prochaines représentations à Strasbourg (CMD) du 3 au 9 janvier, à Paris (Athénée Louis-Jouvet) du 17 au 22 janvier, à Mulhouse (La Sinne) du 30 janvier au 1er février 2015 / www.operanationaldurhin.eu / www.concertclassic.com/concert/la-belle-au-bois-dormant-conte-musical
 
Signalons que, pour préparer ou prolonger la découverte de l’ouvrage par les jeunes auditeurs, l’Opéra national du Rhin, fidèle à son habitude, publie un joli livre illustré (« La belle au bois dormant », Lital Tyano et Anne Sophie Tschiegg)

Photo © Alain Kaiser0

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