Journal

Khatia Buniatishvili, Andrey Boreyko et l’Orchestre de Paris - La montée d’une étoile - Compte-rendu

Curieux programme que celui dirigé avec l’Orchestre de Paris par le nouveau chef de l’Orchestre National de Belgique, Andrey Boreyko, et dont la jeune et magnifique pianiste Khatia Buniatishvili (photo) était bien évidemment la vedette : d’abord l’étrangeté des trois mouvements néobaroques du Concerto pour Orchestre de Lutoslawski, lourd et riche de climats tendus, dont la direction électrique de Boreyko a bien rendu la force pesante. Curieuse aussi, la Suite n°3 de Tchaïkovski, que le compositeur aimait fort, et qu’il est vertueux de redonner, car on ne l’entend guère. Mais en regard de l’axe qui sous-tend ses grandes symphonies, de l’art du développement dramatique de ses opéras et ballets, on ressent l’Opus 55 comme une succession de morceaux choisis, évoquant tantôt la Belle au Bois dormant ou Casse-Noisette, tantôt un trait de la Symphonie Pathétique, tantôt un air d’Eugène Onéguine. Beau mais déroutant, malgré la conviction du chef pétersbourgeois.

Entre ces univers surprenants, les brusques changements d’humeur, les climats ondoyants et les éclats rhapsodiques du 2e Concerto de Liszt, joué avec l’évidence simple et lumineuse qui est l’apanage de Khatia Buniatishvili : la jeune femme a une façon unique de caresser le clavier sans la moindre afféterie, puis de le parcourir avec une légèreté virevoltante qui fait passer au second plan le choc de sympathie créé par sa gracieuse apparition. Lorsque la vérité musicale fait à ce point échapper à la séduction, on est aux cimes ! Le public l’a saluée avec l’enthousiasme vibrant qui accompagne chacune de ses apparitions.

Andrey Boreyko, d’une toute autre trempe, n’a pas toujours été en harmonie avec cette finesse d’approche, cravachant l’orchestre alors que la pianiste se gardait toute en délicatesse et élégance. Le résultat, au moins, n’a pas manqué de tonicité.

Jacqueline Thuilleux

Paris, Salle Pleyel, 12 juin 2013.

> Vous souhaitez répondre à l’auteur de cet article ?

> Lire les autres articles de Jacqueline Thuilleux

Photo : DR
 

Partager par emailImprimer

Derniers articles