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Il diluvio universale de Falvetti au Festival d’Ambronay - Concision passionnée - Compte-rendu


Recréé à Ambronay en 2010 sous la direction de Leonardo Garcia Alarcon, Il diluvio universale de Michelangelo Falvetti (1642-1692) avait produit un grand effet sur les auditeurs présents. Le bouche à oreille, auquel s’ajoute l’arrivée d’un excellent enregistrement et d’un passionnant « Cahier Falvetti »(2), ont fait de la reprise de l’ouvrage l’un des événements de l’édition 2011 du Festival dirigé par Alain Brunet. Lieu aux proportions idéales pour cette musique, l’Abbatiale est pleine comme un œuf pour réentendre l’étonnant oratorio - « Dialogue à cinq voix » écrit Falvetti - d’un compositeur dont toute la carrière se déroula en Sicile, entre Palerme et Messine.

Bénéfique isolement qui l’incita à cultiver une personnalité musicale singulière et un exceptionnel sens dramatique. « Une sorte de « catalogue » des émotions humaines et des genres musicaux en vogue alors » : la formule de Leonardo Garcia Alarcon résume bien les choses. Avec ce Diluvio, une véritable merveille sort de l’oubli trois bons siècles après sa composition (1682). Sur un texte d’une rare qualité poétique de Vincenzo Giattini, Falvetti a imaginé une partition dont la concision le dispute à l’efficacité dramatique : pas un temps mort ; l’invention mélodique, les trouvailles expressives - allant jusqu’au cri - stimulent continûment l’attention !

Il faut reconnaître que Leonardo Garcia Alarcon est de ces jeunes interprètes dont l’énergie et la curiosité secouent de façon salutaire un monde baroque parfois un peu ronronnant. Pas question pour le chef argentin de s’assoupir dans la connaissance de la musique du passé. Celle-ci n’est que la base sur laquelle se fonde une interprétation électrisante mue par une envie de transmettre la musique aux auditeurs d’aujourd’hui. L’entracte de vingt minutes placé au milieu du Diluvio est bien le seul reproche que l’on puisse faire à ce concert : on aurait préféré goûter d’un seul trait à une musique d’une rare puissance suggestive. D’autant que les interprètes s’engagent pleinement se gardant bien, s’agissant des chanteurs, de rester les bras ballants à débiter leur partie. Habillée et encapuchonnée de noir, faux à la main, la Mort, campée par le contre-ténor Fabian Schofrin, ne rate pas son effet…

Dès l’intervention de la magnifique contralto Evelyn Ramirez-Munoz en Justice divine, le « « catalogue » des émotion humaines » s’ouvre, exploré avec fièvre, sens du drame et engagement par Alarcon à la tête de sa Cappella Mediterranea et du non moins excellent Chœur de chambre de Namur - belles interventions solistes de trois de ses membres : Caroline Weynants (L’Air & La Nature humaine), Thibaud Lenaerts (Le Feu) et Benoît Giaux(La Terre) ! En plus d’E. Ramirez Munoz, la soprano Mariana Flores (Rad) et le ténor Fernando Guimarães (Noé) tirent leur épingle du jeu dans une distribution où l’on remarque en outre la présence de Matteo Bellotto (Dieu) et de Magali Arnault Stanczak (L’Eau).

Triomphe et festival de bis : Falvetti, mais aussi le «Tutto nel mondo è burla » conclusif du Falstaff de Verdi - et oui ! -, ce qui ne pas surprend guère de la part d’Alarcon, interprète à mille lieues d’une certaine « bienpensance » baroqueuse qui a d’ailleurs choisi de faire appel au merveilleux percussionniste iranien Keyvan Chemirani, acteur irremplaçable de ce Diluvio universale.

Quant à Falvetti, le « filon » pourrait bien révéler encore quelques pépites : un an après Il diluvio, le Sicilien mettait le point final à un nouvel oratorio : Il Nabucco. Affaire à suivre…

Alain Cochard

Festival d’Ambronay, Abbatiale, 1er octobre 2011

(1) 1 CD Ambronay éditions AMY026

(2) Il diluvio universale / N° 5 des Cahiers d’Ambronay (avec des contributions de Micolo Maccavino, Bernardino Fantini, et une riche interview d’Alain Brunet et Leonardo Garcia Alarcon par Antoine Pecqueur)

A signaler aussi l’ouvrage richement documenté de Béatrice Méténier « L’Abbaye d’Ambronay, Désirs de Lieux », qui passionnera ceux qui s’intéressent à l’histoire ancienne ou récente d’un monument dont la restauration vient de s’achever (Ambronay éditions)

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Photo : DR

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