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​Festival de Pâques d’Aix-en-Provence 2026 [jusqu'au 12 avril] – Sainte semaine – Compte rendu

La 13ème édition du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence n’a pas dérogé à la règle, s’ouvrant le week-end précédant la fête et se refermant une semaine plus tard. Quinze jours et 21 concerts au programme, mais aussi de nombreux rendez-vous décentralisés dans le cadre d’un festival plus que jamais « en partage ». Et fort naturellement, la première semaine a été marquée par les compositions religieuses.

 

Joshua Weilerstein © Caroline Doutre

Elsa Barraine et Samuel Barber

« Voïna » (la guerre, en russe) : c’est avec cette partition composée par Elsa Barraine (1910-1999) en 1938 que s’est ouvert le Festival de Pâques. Une Symphonie n° 2 (qui fait suite à la Première, de 1931) en trois mouvements : la guerre, la mort, la fin du cauchemar, œuvre visionnaire de cette compositrice française dont on parle peu. Femme engagée, Juste parmi les justes, elle fut Grand prix de Rome en 1929 rejoignit le Parti Communiste Français en 1938 alors qu’elle composait « Voïna ». Une partition servie par un excellent Orchestre national de Lille, qui fête cette année son cinquantenaire. A la direction, Joshua Weilerstein a su donner toute sa pâte à une composition de forte personnalité, dans l’esprit des maîtres russes, Stravinski ou Chostakovitch. Emotion plus légère, ensuite, avec le Concerto pour violon (1940) de Samuel Barber, superbement offert par Renaud Capuçon, très engagé dans une interprétation appuyée et mélancolique. Son instrument sonne à merveille et si cette partition ne fait pas partie des réalisations les plus connues de Barber, elle n’en offre pas moins un délicat et passionnant moment de lyrisme.
Dimanche, à l’issue d’une journée de tables rondes et de concerts au Camp des Milles, cette ancienne tuilerie transformée en camp d’internement d’étrangers pendant la seconde guerre mondiale, lieu qui accueillit nombre d’artistes juifs qui en firent un endroit de création artistique et de résistance, c’est le Requiem de Verdi qui était donné au Grand Théâtre de Provence par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Zurich, sous la conduite de Gianandrea Noseda. Un interprétation dont on préfère retenir le Dies Irae d’une puissance apocalyptique et l’exceptionnel Libera me de Marina Rebeka, plutôt que l’Ingemisco, malmené par Joseph Calleja.

 

Jordi Savall, le Concert des Nations et la Capella Nacional de Catalunya © Caroline Doutre

Haydn magnifié par Jordi Savall

Retour à la spiritualité apaisée, mais non moins dense, trois jours plus tard avec Jordi Savall, le Concert des Nations et de la Capella Nacional de Catalunya. Au programme, donné la veille à la Philharmonie de Paris puis ensuite en Allemagne, Le Christ au Mont des Oliviers de Beethoven et Les Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn. Deux oratorios ciselés par la lecture de Jordi Savall qui offre ici la spiritualité, l’intensité émotionnelle, l’impact dramatique avec le génie qu’on lui reconnaît à la tête d’une formation qui sonne merveilleusement bien à tous les pupitres. Et comme les solistes sont à l’unisson, d’une grande homogénéité et aux qualités vocales affirmées, le bonheur de l’auditeur s’en trouve décuplé. Elionor Martínez, soprano délicate, Emmanuel Tomljenović, ténor précis et sensible et Manuel Walser, baryton puissant à la voix élégante et directe, seront rejoints pour le Haydn par la mezzo Lara Morger, voix chaude et profonde, et le ténor Ferran Mitjans, belle projection et sûreté de l'émission. Que ce soit pour Beethoven ou pour Haydn, la Capella Nacional de Catalunya a brillé une fois de plus par ses couleurs, son sens du détail et ce petit plus qui transforme le beau en très beau. Un temps fort du Festival 2026.

 

Camille Delaforge © Caroline Doutre

Une Johannespassion intense

La rituelle Passion de Bach était très attendue au soir du Vendredi Saint. Alternance oblige, c’est la Saint Jean qui était proposée cette année, réunissant l’ensemble Il Caravaggio, le chœur Accentus et un remarquable quintette vocal. Et l’attente ne fut pas déçue ! Il est vrai que cette composition du Cantor de Leipzig semble être plus sensible mais non moins dramatique que la Saint Matthieu et convenait à merveille à l’équipe réunie pour la circonstance. La direction ardente et précise de Camille Delaforge, qui trouve face à elle des musiciens attentifs et d’une rigueur exemplaire, fait sonner Bach avec intensité et couleurs. Pas moins attentif, le chœur Accentus se révèle lumineux à tous les pupitres, faisant preuve d’une densité émotionnelle permanente et servant à la perfection la lecture de la cheffe. Du grand art auquel Cyrille Dubois, l’Evangéliste, apporte un investissement total, contribuant à la profondeur de l’interprétation, de même que le Jésus de Guilhem Worms, émouvant et à la ligne de chant très pure. A leurs côté Marie Lys soprano puissante et assurée et Marie-Nicole Lemieux, irréprochable et vibrante dans son air « Es ist vollbracht », ainsi que Mathieu Gourlet, baryton-basse sans faille, ont apporté leur pierre à la réussite d'une Saint Jean qui, elle aussi, marquera le 13Festival.

Michel Egéa
 

13ème Festival de Pâques d’Aix-en-Provence se poursuit jusqu’au 12 avril 2026. Renseignements, réservations : 0820132013 – festivalpaques.com

© Caroline Doutre

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