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DVD : Mozart toujours

Suite du cycle Ponnelle engrangé par Unitel et réédité par Deutsche Grammophon : deux films d’opéras, Mitridate et Cosi fan tutte, une représentation captée au Met par Brian Large, Idomeneo. Mitridate, filmé dans le cadre baroque idéal du Teatro Olimpico de Vicenza atteint à un certain génie. Ponnelle y glorifie un jeu d’acteur excessif, hyper expressif, qui colle à chaque mesure écrite par Mozart.

Décors de toiles peintes, costumes extravagants, les balbutiements d’une certaine philologie sont encore renforcés par la direction violente, passionnée, à cent lieux des poncifs de l’opéra séria qu’Harnoncourt invente littéralement. Bémol mineur : la distribution n’est pas toujours au niveau de l’œuvre. Pour l’Aspasie dardée et si émouvante d’Yvonne Kenny, et le Sifare inspiré d’Ann Muray, la tendre Ismène de Joan Rodgers il faudra faire avec le Farnace fâché avec la justesse d’Anne Gjevang ou le Mitridate assez générique mais héroïque à souhait, de Gösta Winbergh.

Cosi fan Tutte fut le dernier projet que Ponnelle put achever avant sa disparition prématurée : décors somptueux, une villa Palladienne totalement reconstituée en studio, mais distribution bien trop corsée pour l’œuvre : Gruberova assez vulgaire en Fiordilligi, Furlanetto faux à hurler en Guglielmo, Luis Lima quasi vériste en Ferrando, une direction très appuyée, allemande pour tout dire d’Harnoncourt ; voilà qui recommande peu un Cosi que l’on pourra regarder pour la mise en scène très soulignée, mais aussi pour la Despina de Stratas, le Don Alfonso de Montarsolo et surtout la Dorabella de Dolores Ziegler. La représentation d’Idomeneo atteint des sommets assez insurpassables.

Ponnelle a conçu d’immenses décors et sa mise en scène accentue le coté grand opéra de l’œuvre. Une telle conception va comme un gant au vaste cadre de scène du Met, et la direction ample et tempétueuse de Levine abonde dans ce sens. Distribution hors pair : l’Idomeneo de Pavarotti, au métal impressionnant et au style impeccable, le plus tendre des Idamante, une Federica von Stade littéralement touchée par la grâce, Ileana Cotrubas pour une Illia plus intense qu’à l’accoutumée et l’Elettra grand teint d’Hildegard Behrens. Vous ne regretterez pas votre soirée.

Jean-Charles Hoffelé

Mozart : Mitridate. Deutsche Grammophon 073 4127

Mozart: Cosi fan tutte. Deutsche Grammophon 073 4237

Mozart : Idomeneo. Deutsche Grammophon 073 4234
 

 

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