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​Diptyque Offenbach par la Compagnie Fortunio à l'Auguste Théâtre & Comédie Saint-Michel [jusqu'au 13 juin] – Après Orphée, tout est possible – Compte rendu

 

Retour aux sources pour la Compagnie Fortunio. Après avoir exploré, ces dernières saisons, des œuvres aussi « récentes » que Là-haut (1923) ou La Botte secrète (1903), la troupe fondée en 2012 par Geoffroy Bertran (photo à g.) revient aux fondamentaux, c’est-à-dire à Offenbach. Et après avoir abordé des œuvres en trois actes avec changements de décor, elle propose cette fois un spectacle formé de deux actes uniques remontant aux premières années des Bouffes-Parisiens : Un mari à la porte, créé en 1859, et Apothicaire et perruquier, créé en 1861.

Deux œuvrettes postérieures au triomphe d’Orphée aux enfers, sans aucun lien entre elles, ce qui montre surtout qu’Offenbach explorait déjà des pistes assez diverses. Les librettistes ont été oubliés par la postérité : tout juste retiendra-t-on qu’Alfred Delacour, un temps collaborateur de Labiche, est l’auteur de la première adaptation française de Die Fledermaus ; Léon Morand, son collaborateur pour Un mari à la porte, est infiniment plus obscur. Quant à Elie Frébault, qui conçut le texte d’Apothicaire et perruquier, on lui cherche désespérément d’autres titres de gloire : rien d’étonnant, son livret reposant sur une banale erreur d’identité, un jeune visiteur étant pris pour le prétendant attendu le même jour, le tout situé dans un vague XVIIIsiècle. Un mari à la porte est plus original et plus en phase avec son époque (le jeune premier se vante d’habiter rue Bréda, artère bien connue sous le Second-Empire pour être occupée par des artistes, mais aussi par des prostituées).

 

Brice Poulot Derache, Charlotte Mercier & Lou Benzoni Grosset © Pascal Goncz
 
Pastiche mozartien

Musicalement, ces deux actes sont on ne peut plus contrastés. Dans Apothicaire et perruquier, Offenbach se livre à un étonnant pastiche mozartien, non sans avoir imité Rossini dans l’ouverture, le livret s’amusant aussi à citer La Favorite de Donizetti (« Un ange, une femme inconnue… »). Un mari à la porte place clairement l’action lors d’un bal de mariage vers 1860, l’ouverture étant une des danses de salon qu’on y exécute ; la partition sollicite bien davantage la virtuosité de ses interprètes, féminines surtout, et semble plus riche en ensembles.
Cette virtuosité est parfaitement assumée, au premier chef par la mezzo-soprano Charlotte Mercier, bien connue des habitués de l’Orchestre Le Palais Royal, à qui échoit le redoutable honneur d’interpréter la célèbre « Valse tyrolienne » écrite pour Lise Tautin, créatrice du rôle d’Eurydice dans Orphée aux enfers. Le timbre cristallin de Lou Benzoni Grosset (photo à dr.)se marie à merveille à la voix de sa consœur dans Un mari à la porte. Annoncée souffrante, Marina Ruiz surmonte malgré tout les exigences moindres de Sempronia. En perruquier, Xavier Meyrand agrémente son ténor de caractère de mimiques toujours expressives. Brice Poulot Derache a peu à chanter en apothicaire, mais se rattrape amplement avec le rôle du bellâtre Florestan Ducroquet.

Non content d’assurer la mise en scène (et toutes les chorégraphies superposées aux airs), et d’avoir conçu les décors, ainsi que les costumes en collaboration avec Marina Ruiz, Geoffroy Bertran incarne aussi le barbon Boudinet avec verve, puis avec une sobriété efficace le jeune marié laissé à la porte le soir de ses noces. Et même s’il reste invisible sauf lors des saluts, on saluera aussi, bien sûr, le travail accompli par Romain Vaille qui dirige les artistes depuis le piano dissimulé en coulisses.

Laurent Bury

 

Jacques Offenbach, Apothicaire et perruquier / Un mari à la porte – Paris, Auguste Théâtre (6 impasse Lamier / 75011) ; prochaines représentations les 24 janvier (20h) & 25 janvier (16h) : my.weezevent.com/apothicaire-et-perruquier-et-un-mari-a-la-porte-a-lauguste-theatre
les 7 février (17h45), 7 mars (17h45), 16 avril (21h15), 7 mai (21h15) et 13 juin (17h45) à la Comédie Saint-Michel (95 bd Saint-Michel /75005) : www.comediesaintmichel.fr/

Photo © Pascal Goncz

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