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Dialogues des carmélites à l’Opéra de Lausanne [jusqu'au 8 fév.] – Renouvellement total des effectifs conventuels – Compte rendu

Les ayant-droits de Poulenc n’ont aucun souci à se faire : Dialogues des carmélites reste fermement ancré au répertoire, au moins dans les pays francophones, comme le prouve les deux productions à l’affiche presque simultanément à Nancy et à Lausanne, en attendant Marseille le mois prochain (1), où l’on retrouvera plusieurs des protagonistes des spectacles donnés en Lorraine et en Suisse.

© Opéra de Lausanne - Carole Parodi
Puissance et dépouillement
L’Opéra de Lausanne a misé sur une valeur sûre, en reprenant la désormais célèbre production signée Olivier Py, créée en 2013 au Théâtre des Champs-Elysées. Tout a déjà été dit sur ce spectacle aussi puissant que dépouillé, qui se dispense de tout contexte historique précis, les costumes masculins (bottes, redingotes, hauts-de-forme) renvoyant à un vague XIXe siècle. Pas de sans-culottes, donc, et pas de guillotine non plus dans la dernière scène, mais un départ vers les étoiles pour chacune des religieuses sur lesquelles tombe le couperet. Comme jadis dans Mathis le peintre, le metteur en scène propose quelques « tableaux vivants » d’inspiration religieuse : Annonciation, Nativité et Crucifixion sont mimés par les carmélites pendant les intermèdes initialement destinés aux changements de décor.

© Opéra de Lausanne - Carole Parodi
Des tempos trop rapides
La présence de Jacques Lacombe à la tête de l’Orchestre de chambre de Lausanne laissait espérer le meilleur, mais on s’étonne que ce fin connaisseur du répertoire français impose des tempos souvent trop rapides pour que les artistes aient le temps d’articuler leur texte. Certes, il serait malvenu de déclamer trop lentement certains monologues, mais la précipitation imposée aux chanteurs rend inintelligibles plusieurs passages.

© Opéra de Lausanne - Carole Parodi
Une enthousiasmante distribution
C’est dommage, car l’équipe vocale réunie pour l’occasion, qui n’avait jusqu’ici participé à aucune des versions de ce spectacle, est enthousiasmante. On enrage qu’une artiste aussi talentueuse que Lucie Roche ne jouisse pas encore de la reconnaissance que méritent son timbre rare et son talent d’actrice : elle est ici une première prieure tout à fait remarquable par son engagement. Catherine Hunold a la voix exacte de Madame Lidoine, et le personnage lui convient à merveille. Eugénie Joneau est une mezzo-soprano avec laquelle il faut désormais compter, comme en témoigne sa Mère Marie impérieuse mais jamais caricaturale. Les deux novices sont ici plus proches que jamais : bien qu’elle chante désormais les grands rôles du répertoire français, Anne-Catherine Gillet en Blanche conserve des couleurs qui conviendraient à Constance, tandis que Floriane Derthe possède une voix un peu moins légère que n’en ont souvent les titulaires de Constance. Le Chevalier de la Force ne semble pas s’inscrire dans les meilleures notes de Léo Vermot-Desroches, qu’on a connu bien plus flamboyant dans d’autres spectacles. Après Jim Cocks de Robinson Crusoé, Rodolphe Briand fait le grand écart, avec un Aumônier percutant. Si Pierre Doyen n’a qu’une scène pour se faire entendre, Philippe-Nicolas Martin est un luxe dans les figures secondaires qu’il cumule, sa réplique la plus longue étant la liste des carmélites qu’il appelle à l’échafaud.
Laurent Bury

(1) Les 25, 27 et 29 mars, dans la mise en sène de Louis Désiré et sous la direction de Débora Waldman : opera-odeon.marseille.fr/programmation/dialogues-des-carmelites
Poulenc : Dialogues des carmélites. Lausanne, 3 février ; prochaines représentations les 6 et 8 février 2026 // www.opera-lausanne.ch/show/dialogues-des-carmelites/
Photo © Opéra de Lausanne - Carole Parodi
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