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​Concert Interstices #2 de la compagnie Winterreise à la Maison de l’Asie du Sud-Est [prochaines dates 14 oct. & 25 nov.] – Kipling avait bien tort – Compte rendu

Comment Kipling put-il écrire en 1889 que l’Orient et l’Occident jamais ne se rencontreraient ? A la tête de la compagnie Winterreise, Olivier Dhénin a décidé d’infliger un démenti éclatant au poète et romancier britannique, à travers toute une série de concerts proposés à la Maison de l’Asie du Sud-Est, à la Cité universitaire.
Le bâtiment lui-même est un superbe exemple d’orientalisme : conçu par deux architectes français, librement inspiré des édifices de ce qui s’appelait alors l’Indochine, il accueille des décorations de style traditionnel mais aussi une grande toile du peintre Lê Phô, brillant élève de l’Ecole des Beaux-arts de Hanoï. Il y a donc là aussi de l’occidentalisme,comme on pourrait appeler ce courant qui, à travers de nombreux pays, fut la réponse à l’influence extrême-orientale en Europe.
 

 

Léa Kempf Badillo © DR

Le fil rouge Tôn-Thât Tiêt
 
Les concerts « Interstices » ont pour règle d’inclure toujours au moins une œuvre du compositeur vietnamien Tôn-Thât Tiêt (né en 1933), venu étudier en France en 1958 et élève d’André Jolivet. Ce 23 septembre, il s’agit de Ba Ɖoan Khúc, trois pièces pour piano datant de 1967, où s’entrelacent les références à des formes musicales asiatiques et une forme d’écriture qui rappelle notamment Olivier Messiaen. Le pianiste Emmanuel Christien en livre une interprétation inspirée.
Autour de cette page, c’est l’orientalisme qui guide la sélection des mélodies chantées par la Léa Kempf Badillo, qu’on avait pu applaudir dans les deux « Légendes » de Benhamin Attahir donnés l’an dernier au Musée Guimet.(1) Des extraits de l’un de ces actes d’opéra, Le Pêcheur au fond de la tasse à thé, figurent notamment au programme (Emmanuel Christien assurait déjà la partie instrumentale du spectacle présenté en décembre 2025), et l’on y retrouve toute la sensibilité de la mezzo-soprano au service d’une partition subtile qui ne succombe à aucune mode. De fait, les seuls fragments relevant de l’imitation de la musique asiatique – gamme pentatonique, etc. –, on les trouve plutôt dans Shéhérazade de Ravel, dont la version pour piano et voix conclut le concert : Léa Badillo y trouve une magnifique occasion de déployer ses qualités, le piano ayant la lourde tâche de se substituer aux couleurs orchestre, défi relevé haut la main par Emmanuel Christien. Ravel ouvrait aussi la soirée, avec ses Cinq mélodies populaires grecques, qui rappellent que l’Orient commençait autrefois en Europe même.
 
Compositrice et princesse

Ce sont finalement les œuvres de deux compositrices qui éveillent le plus la curiosité de l’auditeur. Si les mélodies d’Armande de Polignac (1876-1962) sur les textes réunis par le sinologue Franz Toussaint dans son recueil La Flûte de jade ont été révélées par un disque enregistré par la Compagnie de l’Oiseleur, elles comptent sans doute parmi les compositions où la princesse est allée le plus loin, dans le dépouillement évocateur comme dans l’intensité des émotions. Et l’on reste ébloui par le dramatisme que Léa Badillo confère à son interprétation de deux mélodies extraites du recueil que Marie Jaëll composa en 1893 d’après Les Orientales de Victor Hugo : tandis que « Clair de lune » traduit à merveille l’opposition entre la sérénité du cadre et les horreurs du sérail, « Les Tronçons du serpent » est un véritable opéra miniature, où la mezzo-soprano donne toute la mesure de son art.

Laurent Bury
 

(1) www.concertclassic.com/article/legendes-de-benjamin-attahir-au-musee-guimet-contes-dempereurs-et-de-pecheurs-compte-rendu  / ces ouvrages seront repris au théâtre Marigny le 27 octobre 2026
 
Interstices #2, Winterreise -  Paris, Maison de l’Asie du Sud-Est, 23 septembre 2026. Prochain rendez-vous : Interstices #3 : le 14 octobre, avec la soprano Marion Tassou et le pianiste Emmanuel Christien // www.winterreise.fr/production/interstices/
 
Photo © Winterreise
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