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Concert des lauréats du 1er Concours international Sumi Jo [2e Concours, 5-11 juillet, La Ferté-Imbault] – Merci, ô fille d’Eve ! – Compte rendu

L’année 2026 verra la deuxième édition de la « Sumi Jo International Singing Competition ». Les vingt-quatre candidats issus de seize pays ont été dûment sélectionnés, et tout est prêt pour que le concours se déroule du 5 au 11 juillet prochain, au château de La Ferté-Imbault, en Sologne. En attendant, les lauréats 2024 donnaient un concert Salle Cortot le 10 juin. Mais ce n’est pas tout, car 2026 est aussi l’année où la soprano sud-coréenne célèbre le quarantième anniversaire de ses débuts, qui eurent lieu à Trieste dans le rôle de Gilda. Mais comme Sumi Jo le rappelle lors de la conférence de presse précédant le concert, elle avait auparavant eu l’occasion de participer à une émission d’Eve Ruggieri, qui avait marqué ses véritables premiers pas en Europe. Conquise par la France, la chanteuse a voulu la remercier en y organisant le concours qui porte son nom.

Zhao Li, 1er prix du Coucours Sumi Jo 2024 © Studio alterego
Stupéfiante aisance scénique
Sur les cinq lauréats 2024, quatre avaient répondu à l’appel pour ce concert parisien, seul le titulaire coréen du troisième prix étant absent. On a donc pu entendre le premier prix, le baryton chinois Zhao Li, le deuxième prix, le ténor roumain George Virban, et les deux bénéficiaires ex aequo du prix spécial du jury, les sopranos Marie Lombard et Juliette Tacchino. Accompagnés avec autant de vaillance que de sensibilité par la pianiste Edwige Herchenroder, ces quatre jeunes artistes ont eu l’occasion de se présenter au public dans le répertoire de leur choix, loin des exigences d’un concours. On remarque néanmoins dans le programme une sorte de « salut à la France », puisque le concert s’ouvre sur un air de La Veuve joyeuse, qui se déroule à Paris, et se conclut sur un extrait du très voltairien Candide de Bernstein.
A tout seigneur tout honneur, c’est Zhao Li qui ouvre la soirée, et l’on comprend d’emblée ce qui lui a valu le premier prix. Le matériau vocal est fort beau, comme on pouvait s’y attendre, mais ce qui stupéfie immédiatement, c’est cette aisance scénique qui fait parfois encore défaut aux jeunes chanteurs : le baryton chinois campe un Danilo hâbleur, qui détaille avec panache ses conquêtes chez Maxim’s, avec un art accompli du sprechgesang. Peut-être à cause du forfait d’Alexandre Baldo, l’un des finalistes non-primés de 2024 initialement annoncé comme participant au concert, le programme a dû être modifié in extremis, et Zhao Li en a profité pour inclure une mélodie chinoise, guimauve sucrée assez oubliable, contrairement au « Tanzlied der Pierrot » de La Ville morte, qui montre de quoi il est capable en matière d’émotion, avant de conclure par un très théâtral « Largo al factotum » rossinien.
Le ténor George Virban possède un très joli timbre, mais on s’inquiète qu’il choisisse « Nessun dorma », Calaf excédant certainement ses moyens actuels, et on se demande s’il ne paye pas déjà ce choix avec son air de Roméo, interprété tout en force, poussant la moindre note. Nemorino lui convient beaucoup mieux, et l’on espère qu’il aura la sagesse de s’en tenir pour quelques années encore à ce genre d’emploi.
Des deux sopranos, Juliette Tacchino est déjà connue du public parisien, car elle fait partie du double cast des Demoiselles de Rochefort au Lido. Excellente idée que d’interpréter un extrait de cette rareté qu’est l’opérette de Victor Herbert Naughty Marietta (1910), d’autant plus que cet air va comme un gant à la soprano, qui brillera dans les ensembles en Zerline et en Musetta ; le « Da tempeste » de Giulio Cesare lui permet de manifester sa virtuosité, mais il faudrait un peu plus de corps pour conférer à Cléopâtre toute sa dignité de reine.

Marie Lombard © Studio Alterego
Maîtrise totale
Révélation avec Marie Lombard, qui a d’abord le très bon goût d’opter pour l’air d’Isabelle de Robert le diable, et qui réussit à donner du sens à ses paroles inlassablement répétées. Son « Ah fors’è lui » laisse pantois par la maîtrise totale qu’il révèle, tant vocalement que théâtralement. Voilà une artiste que les directeurs de théâtre devraient s’arracher s’ils ne sont pas sourds : sa Mimì dans le quatuor de La Bohème est tout aussi superbe, et elle ne fait qu’une bouchée de l’air de Lauretta.

Sumi Jo © Studio Alterego
Vient ensuite l’heure de Sumi Jo elle-même. Crinière blond platine, robe rose au décolleté profond, on croirait Olympia, son dernier rôle à l’Opéra de Paris en 2007. L’entrée de Juliette dans Les Capulet et les Montaigu ne permet guère de cacher un vibrato bien naturel après quatre décennies de carrière, mais l’art de l’interprète le fait oublier, tandis que l’air d’Adèle au dernier acte de La Chauve-souris montre l’artiste sous son meilleur jour, pétillante comme jamais. Les jeunes lauréats la rejoignent pour le final de Candide, on l’a dit, et y ajoutent en bis un inévitable « Libiamo » réparti entre leurs cinq voix, pour la plus grande joie du public.
Laurent Bury

Paris, Salle Cortot, 10 mai 2026 – Concours international de chant Sumi Jo; du 5 au 11 juillet 2026, La Ferté-Imbault (41300) : sumijo-isc.com/
Photo © Studio Alterego
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