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Compte-rendu : Philippe Jordan dirige l’Orchestre de l’Opéra de Paris - Heureuse rencontre

En mars, lors de la présentation à la presse de sa première saison à la tête de l’Opéra de Paris, les premiers mots de Nicolas Joel avaient été pour Philippe Jordan, soulignant ainsi la place centrale accordée désormais au directeur musical dans le fonctionnement de la Grande Boutique. On guettait avec impatience le premier concert symphonique du jeune maestro avec l’Orchestre de l’Opéra : le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas déçu.

Concerto pour violon de Ligeti et Symphonie Alpestre de Richard Strauss : le programme joue la carte de l’originalité et des contrastes. Isabelle Faust est la soliste idoine dans un ouvrage dont les nuances souvent infinitésimales conviennent idéalement à sa sonorité limpide, son jeu précis, toujours synonyme de naturel et de concentration poétique – le chant du deuxième mouvement nous a poursuivi longtemps après la fin de la soirée... En réplique, Jordan offre à sa partenaire un orchestre bruissant de vie, de détails, de couleurs - parfois étonnantes – et une attention de chaque instant où se lit l’expérience d’un remarquable chef lyrique.

Ce que l’on ne nommait pas encore « la grande guerre » venait de commencer quand, en 1915, Richard Strauss massa une véritable armée de musiciens pour un propos en rien belliqueux puisqu’il s’agissait de la Symphonie Alpestre. Un ouvrage singulier en raison de son colossal effectif et risqué car il n’est pas donné à toutes les baguettes de dominer cette vaste partition et d’en restituer les beautés sans verser dans l’emphase ou la séance de diapositives.

De bout en bout, on est séduit par la fluidité et la lisibilité d’une conception dont la puissance évocatrice ne cède rien à la plate narration. A la fois engagé – il faudrait être fou pour se priver du bonheur physique de diriger un tel ouvrage ! – et sobre, Philippe Jordan touche sa cible, et nos cœurs, plus par l’exaltation des timbres (quels instrumentistes magnifiques a-t-il à sa disposition …) qu’il éveille avec un grand pouvoir suggestif, par l’espace sonore infini qu’il dévoile avec souplesse, que par une exacerbation outrancière des contrastes. « La Symphonie Alpestre est une très belle préparation à L’Or du Rhin », affirme-t-il(1). L’heureuse rencontre entre le nouveau directeur musical et l’Orchestre dont cette soirée témoigne met l’eau à la bouche en attendant le début d’un Ring qui fera l’événement durant les derniers mois de la saison.

Alain Cochard

Paris, Opéra Bastille, le 14 novembre 2009 (1) Cf. l’interview de Philippe Jordan dans « En Scène ! », journal de l’Opéra National de Paris, et successeur - en plus souriant - de feue « Ligne 8 »…

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Photo : DR
 

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