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Cédric Tiberghien, Enrique Mazzola et l’Orchestre national d’Île-de-France à la Philharmonie – Promesses tenues – Compte-rendu

Le Concerto n° 2 de Beethoven (le premier en fait dans la chronologie des cinq opus) et la Symphonie n°1 « Titan » de Mahler : deux œuvres de jeunesse, deux exemples de promesses admirablement tenues ensuite par leurs auteurs respectifs, forment le programme que l’Orchestre national d’Île-de-France et Enrique Mazzola (photo) donnent à la Philharmonie de Paris.
 
S’agissant de promesses tenues, commençons par saluer le travail accompli par Mazzola depuis qu’il a succédé à Yoel Levi en 2012. L’engagement et les qualités humaines de ce magnifique musicien ont grandement aidé la phalange à surmonter la période de tracas budgétaires qu’elle a, on s'en souvient, traversée. D’emblée l’Ondif a fait partie des formations en résidence à la Philharmonie de Paris ; ce n’est que justice envers un orchestre qui accomplit, depuis sa création en 1974 sous l’impulsion de Marcel Landowski, une irremplaçable mission d’irrigation musicale sur un vaste territoire – ce dans des conditions pas toujours les plus faciles... Au fil des ans un large public a été fidélisé ; il n’était que de voir la Grande Salle de la Philharmonie archi-comble pour le comprendre.
 

Cédric Tiberghien © DR
 
Lancée en janvier 2013, l’intégrale des Concertos de Beethoven par Cédric Tiberghien se poursuit avec l’Opus 19 (il ne manque plus que le 3èmeConcerto pour que le cycle soit bouclé, Fantaisie chorale op. 80 comprise ). Au fait de la chose beethovénienne comme très peu de pianistes de sa génération, le soliste offre une passionnante approche avec le concours d'un chef très complice.
Hors de question pour les interprètes de se réfugier dans une conception tournée vers le passé ; un travail approfondi sur l’articulation sort l’ouvrage de la gangue des habitudes. Par leur lumineuse effervescence, leur énergie, leur piaffante impatience l’Allegro con brio et le final entrouvrent déjà les portes du laboratoire d’expérimentation que constituera le piano pour Beethoven sa vie durant. L’Adagio central se garde pour sa part de toute surcharge au profit d’une approche aussi épurée que sensible.
 
Au terme d’un Rondo vitaminé et plein d’humour, le public réserve un accueil enthousiaste au soliste, qui le gratifie en bis des quatre derniers Préludes op. 28 de Chopin. Une indication pour un prochain projet discographique ? On en accepte volontiers l’augure quand on se souvient de la réussite des Ballades du Polonais (couplées à celles de Brahms) et d’un récital, pour Harmonia Mundi. Désormais c’est chez Hyperion que la carrière discographique de Cédric Tiberghien se poursuit (1). Tandis qu’un magnifique récital Bartók paraît, l’artiste retrouvera bientôt (le 21 février) la scène du Théâtre des Champs-Elysées dans des pages de Beethoven, Bartók et Brahms (2).
 
Nouvelle semble-t-il au répertoire d’Enrique Mazzola, la 1èreSymphonie de Mahler réserve une belle surprise. Cette « Titan » obéit à une progression dramatique savamment dosée qui prend toute son évidence dans le Stürmisch bewegt conclusif. On n’en attendait pas moins de lui, le maestro vit avec intensité les sentiments contenus dans une partition qu’il fait sonner avec plénitude mais sans jamais confondre ardeur et emphase, attentif aux détails, aux alliances de timbres que le compositeur expérimente. Il est vrai que l’implication  - et la grande forme - de ses troupes le confortent dans sa démarche. Là, comme pour le revigorant programme d’ouvertures d’opéras belcantistes qu’il vient d’enregistrer (3). Excellente nouvelle que cette parution, tout comme l’annonce de la prolongation du mandat du chef italien à la tête de l’Ondif jusqu’en 2020 !
 
Alain Cochard

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(1) Sans oublier une très belle intégrale des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Alina Ibragimova, pour le label « Wigmore Hall Live »
 
(2) www.concertclassic.com/concert/recital-de-cedric-tiberghien
 
(3) « Bel canto amore mio », œuvres de Bellini, Donizetti, Rossini, Meyerber, Mercadante / Orchestre National d’Île-de-France, dir. Enrique Mazzola / 1 CD NoMadMusic NMM029
 
Paris, Philharmonie 1, 9 février 2016

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