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Catherine Hunold interprète Bérénice de Magnard à Tours – « Bérénice est une Isolde à la française »

La prophétie s’est réalisée ! « Catherine, vous chanterez les grands français inchantables et du Wagner » : quelle ne fut pas la surprise de Catherine Hunold en entendant Mady Mesplé prononcer ces mots alors qu’elle était élève au Conservatoire de Saint-Maur à la fin des années 1990 ! Le professeur voyait juste et allait d’ailleurs l’aider à bâtir une technique et à développer une sensibilité et une curiosité qui conduisent à présent la soprano à aborder des partitions rares qu’elle défend avec un art inscrit dans la plus belle tradition du chant français.

« Techniquement le travail avec Mady Mesplé a beaucoup porté sur Mozart, se souvient Catherine Hunold. Mais elle m’a en outre orientée vers tout un répertoire auquel on s’intéressait très peu à l’époque - Grétry par exemple - ; elle m’a fait travailler le style français, la diction et, beaucoup aussi, cette couleur particulière propre à notre musique. » Parmi les grandes chanteuses du passé dont les enregistrements l’on marquée, on ne s’étonne guère que l'artiste cite immédiatement Régine Crespin, sa légendaire version des Nuits d’été et sa non moins inoubliable Madame Lidoine dans les Dialogues des Carmélites sous la baguette de Pierre Dervaux ; « les deux enregistrements français qui ont le plus façonné mon imaginaire sonore », reconnaît-elle. 
Mais on a aussi entendu Catherine Hunold en Isolde ou en Brünnhilde ; des rôles qui côtoient harmonieusement le versant français de sa carrière. « Mon expérience du répertoire allemand nourrit mes rôles français. Le répertoire français c’est la couleur, l’italien la ligne, l’allemand le texte, la syllabe, et ceci enrichit la manière dont je vais habiter un texte français »

Après avoir participé à Mateo Falcone de Théodore Gouvy, Françoise de Rimini d’Ambroise Thomas, Le Mage de Massenet (1) et, tout récemment, Les Barbares de Saint-Saëns (2) – où elle était une splendide Floria – Catherine Hunold s’apprête à aborder une nouvelle terra incognita à l’Opéra de Tours : Bérénice d’Albéric Magnard (1865-1914) - un ouvrage bien rarement entendu depuis sa création à Paris en 1911.

C’est à Jean-Yves Ossonce, directeur d’opéra dont la curiosité et l’engagement pour la cause du répertoire français ne sont plus à souligner, que la soprano doit d’être au cœur de ce beau projet. « Juste après ma Brünnhilde à Rennes, Jean-Yves Ossonce m’a fait parvenir la partition de Bérénice : j’ai accepté immédiatement ! J’ai été frappée par la violence, le caractère très cru d’un livret dont Magnard est l’auteur ; par des mots que l’on n’a pas l’habitude de dire, de chanter à l’Opéra. J’ai réagi de manière très instinctive, très viscérale, à la musique, au texte. Par sa violence, cette partition vous vrille le corps.»

« Le rôle de Bérénice est difficile, poursuit Catherine Hunold ; le personnage est omniprésent durant les trois heures que dure l’œuvre. C’est pour moi une Isolde à la française. Bérénice est un personnage assez érotique, d’une grande sensualité, magnétique, mais montre aussi une profonde dignité – Isolde meurt d’amour, Bérénice se sacrifie par raison d’Etat et par un amour plus grand que l’amour. Ce feu, ce souffle qui parcourent la partition d’un bout à l’autre : c’est un embrasement ! Il est passionnant d’explorer toutes les facettes d’un tel personnage. »

Habitué de l’Opéra de Tours, Alain Garichot signe la mise en scène de Bérénice. « Nous parlons beaucoup avec Alain, confie Catherine Hunold, je suis heureuse de collaborer avec lui. Nous nous sommes tout de suite compris, nous partageons la même vision du rôle et la même façon d’aborder le théâtre : tout part du sens, de l’émotion. Nous effectuons un énorme travail sur le texte ; il est passionnant pour un chanteur de travailler le verbe aussi profondément. »

Le bonheur de s’engager dans cette nouvelle aventure lyrique est d’autant plus grand pour la soprano que, outre la baguette d'Ossonce, elle à ses côtés (dans le rôle de Titus) un autre fervent avocat du répertoire français – et un tout aussi merveilleux chanteur que diseur -, Jean-Sébastien Bou, tandis que les rôles de Lia et de Mucien sont respectivement tenus par Nona Javakhidze et Antoine Garcin.
Trois représentations seulement pour Bérénice : ne les ratez pas ! Un vœu enfin : puissent les micros garder le souvenir d’une telle entreprise.

Alain Cochard
(Entretien avec Catherine Hunold réalisé le 12 mars 2014)
 

  1. Enregistrement disponible dans la collection « Opéra Français » du Palazzetto Bru Zane (2CD)
  2. Lire notre CR : http://www.concertclassic.com/article/les-barbares-de-saint-saens-lopera-theatre-saint-etienne-il-ny-pas-que-samson-et-dalila   / Enregistrement à paraître dans la collection « Opéra Français » du Palazzetto Bru Zane

Magnard : Bérénice
4, 6 et 8 avril 2014
Tours – Grand Théâtre
www.operadetours.fr

Photo @ DR

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