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​« Bestiario » par l’Ensemble Impertinences (1 CD La mà de guido / Concerts à Genève, 24, 26 avril & 3 mai) – Quand la musique jubile – Compte rendu

 
Avantage à la Suisse ! Genève aura la primeur des concerts de lancement de « Bestiario », le tout premier enregistrement du jeune ensemble Les Impertinences, mais il ne fait pas l’ombre d’un doute que, s’agissant de musiciens de ce niveau, les occasions de les découvrir se multiplieront vite, en France et ailleurs.

 

Pablo Agudo López © Miguel Ignacio Rodriguez

 
Identité sonore et liberté du geste
 
Sept instrumentistes, 25 ans grosso modo de moyenne d’âge, pour une conjonction de talents qui, dès ce premier disque, se traduit par une cohésion, une imagination, une identité sonore et une liberté du geste musical pour le moins époustouflantes. C’est autour du Vénézulien Pablo Agudo López (né en 2003) qu’Impertinences s’est constitué. Un étonnant violoniste, passé par le Sistema, qui est aussi guitariste, claviériste, chef d’orchestre et compositeur : autant dire qu’il fait partie de ces musiciens qui pensent au-delà de leur instrument. Installé en Suisse en 2021 pour y étudier à la Haute Ecole de Musique de Genève, il a été vite repéré par Leonardo García-Alarcón qui, spécialement pour lui, a obtenu la création d’un Master de direction depuis le clavecin et le violon dans la classe, normalement réservée aux claviéristes, dont il a la charge à la Haute Ecole. Belle preuve de l’estime qu’il a pour son jeune collègue – et pour un ensemble qu’on trouvera d’ailleurs en résidence à la Cité Bleue Genève la saison prochaine.

 

 
Entre extravagance et introspection
 

Que Pablo Agudo López, à côté de la musique baroque, touche aussi au rock ou aux musiques populaires et improvisées aide à comprendre sa personnalité, sa relation au son, comme celles des instrumentistes d’Impertinences – qui s’assemble ... Le violoniste et directeur artistique est ainsi entouré d’Emma Vignier (basse de violon), Darío Tamayo (clavecin), Luis Eduardo López Corredor (théorbe), Ulises Pineda (viole de gambe), Florencia Romero (violon) et Gabriel Canneva (1) pour un programme XVIIe siècle contrasté, placé sous le double signe de « l’extravagance animale et l’introspection sacrée ». 
« Bestiario » : des partitions telles que L’Emenfrodito de Marco Uccellini et le vaste (16’) Capriccio Stravagante de Carlo Farina se réfèrent directement au monde animal par des procédés d’imitations que les interprètes traduisent avec une jubilation contagieuse et même – ils le revendiquent ouvertement – « une sauvagerie sonore » qu’ils appliquent aussi aux autres pièces du programme. Bref, tout le contraire d’un baroque propet, assoupi dans une bonne conscience historiquement informée.

 

© Miguel Ignacio Rodriguez

 
Charnel et incarné
 
On ne doute pas que la Sonata representativa de Biber irait comme un gant à Pablo Agudo López, mais il n’est pas du genre à abandonner ses amis musiciens pour une conclusion en solo. C’est toutefois par Biber et la Partia III, C 64 (tirée d’Harmonia Artificioso-Ariosa) que le l’enregistrement se referme, interprétée avec un relief et un appétit, qui ne font pas moins mouche dans deux Frescobaldi, dont une Canzona vigesimaquarta detta la Nobile aussi lumineuse que poétique. Programme parfaitement équilibré : à côté d’ouvrages très animés, on trouve des pièces plus introverties telles que la Symphonia 7 op. 3 de Nicolaus à Kempis ou des arrangement d’extraits des Meslanges d’Henry du Mont (vrai rêve éveillé que le Prélude XVIII ...). Dans tous les cas, la manière charnelle et profondément incarnée dont la musique est vécue signale un jeune ensemble particulièrement prometteur qu’on suivra désormais avec la plus grande attention. D'évidence, une très belle aventure musicale commence.

Rendez-vous à Genève les 24 (programme jeune public) et 26 avril et le 3 mai, dans le cadre du Festival Le Luth Enchanté, pour le lancement de ce savoureux « Bestiario » !
 
Alain Cochard
 

(1)        1 CD La mà de guido LMG 2194
  
(2) Ont aussi pris par à l’enregistrement de « Bestiario » Sergio Valdeos (guitare) et Cali Flores (percussions)
 
 
Ensemble Impertinences, dir. Pablo Agudo López
Concert de sortie du disque « Bestiario »

 
24 avril 2026 – 12h30 (concert jeune public)
Salle Trocmé - Genève
 
26 avril 2026
– 19h
Genève – Le Pneu
 
3 mai 2026

Genève – Théâtre des Salons ( Festival Le Luth Enchanté)
 
www.lesimpertinences.com/
 
Photo ©  Miguel Ignacio Rodriguez

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