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​Célia Oneto Bensaid interprète Philip Glass (« Philip Glass Echoes » 1 CD Mirare) – Expression maximale – Compte rendu

 
Philip Glass fait l’événement en ce moment au Palais Garnier, qui accueille une production remarquée de Satyagraha jusqu’au 3 mai (1). Mais l’événement est aussi d’ordre pianistique avec le projet discographique que Celia Oneto Bensaid met en œuvre chez Mirare. Il démarre ce printemps par la sortie d’un très original programme « Philipp Glass Echoes » (2) et se conclura en début d’année prochaine avec la parution de l’enregistrement intégral des Etudes.
 
Première incursion chez Glass en 2021
 
Les affinités de Célia Oneto Bensaid avec la musique du compositeur américain sont connues de ceux qui suivent l’artiste depuis ses débuts – un parcours exemplaire de curiosité et d’inventivité. On se souvient en effet qu’elle a signé en 2021 (chez #NoMadMusic) un très original programme mêlant les cinq numéros de Metamorphosis aux cinq Miroirs de Maurice Ravel, imbrication aussi surprenante sur le papier que convaincante en pratique.

 

 
 
Un attachant portrait
 
Originalité : le mot vaut aussi pour « Echoes Philip Glass » qui réunit des pièces écrites pour piano (l’Opening Piece de Glassworks, Wichita Vortex Sutra), Mad Rush, une pièce pour orgue (3) passée dans le répertoire pianistique, des arrangements (par Michael Riesman & Nico Muhly) de musiques pour le cinéma (« The Hours »), d’autres (arr. par Paul Barnes) issues de partitions scéniques (Knee play n° 4 ext. d’Einstein on the Beach et Dance ext. d’Akhnaten). Une page fait toutefois exception, côté cinéma, Truman Sleeps, dès le départ conçue pour piano et d’ailleurs jouée par Glass dans « The Truman Show ». De cet ensemble varié et très équilibré dans son agencement se dégage un attachant portrait du compositeur américain, portrait qui sous les doigts de Célia Oneto Bensaid prend un relief tout particulier.
 
Sens narratif
 
Musique répétitive ? De par sa nature, la musique de Glass est souvent prétexte à une approche passive des partitions, plus exécutées qu’interprétées. On ne peut qu’être tenté de rapprocher la démarche singulière de la pianiste de celle que Léo Warynski qui, dans Another Look at Harmony, pièce pour chœur et orgue de 1975 qui contient en germe tout Einstein on the Beach, d’un an postérieur, a su montrer beaucoup d’expression et de sentiment. À une palette sonore incroyablement riche (d’autant que le Yamaha CFX qu’elle touche se révèle être un partenaire de premier ordre, remarquablement capté par les micros de Clément Gariel), Célia Oneto Bensaid ajoute un sens narratif auquel on n’est pas accoutumé dans ce répertoire. De l’Opening Piece placée ouverture à sa reprise en conclusion, tout comme Truman Sleeps, en mode intimiste sur un piano droit (en s’inspirant de l’album Philip Glass Solo enregistré à son domicile par le compositeur en 2021 pendant l’épisode covidien), elle embarque l’auditeur dans un voyage sonore sous-tendu par une dramaturgie incroyablement prenante : le minimalisme en mode expression maximale !
 
© Le Philtre / Marc de Pierrefeu

 
Un jalon essentiel

 
Tous les amoureux de Glass céderont au charme dès la première écoute, mais on a vu aussi des auditeurs a priori moins bien disposés envers Glass rendre les armes face à tant de poésie, d’imagination, de capacité à faire rimer répétition avec renouvellement (quelle obsédante force dramatique se dégage Wichita Vortex Sutra par exemple). Un jalon essentiel de la discographie du musicien américain. Vivement 2027 et la sortie de l'intégrale des Etudes
 
En attendant, Céla Oneto Bensaid aura des occasions de reprendre le programme de son disque (à Catllar le 24 mai, à Paris le 10 juin, à Villefavard le 18 juillet) mais aussi d’inclure certaines pièces de l’Américain dans des récitals (à Cognac le 15 juin, aux Sables-d’Olonne le 19, à Orléans le 28) Et d’ailleurs, même sans Glass, on a toujours grand bonheur à retrouver une interprète qui a l’art de nouer un lien privilégié avec le public. On le vérifiera, d'abord à Fort-de-France le 16 mai, puis  au Festival de Saint-Denis les 30 mai et 1er juin (pour, entre autres, la reprise d’un merveilleux programme Jane Vieu/Rita Strohl (4) avec l’équipe de la Cité des Compositrices), à Narbonne le 6 juin, au Festival d’Auvers-sur-Oise le 7 juin, ou encore au Domaine de Villarceaux, les 4 et 5 juillet, lors du Festival Un Temps pour Elles.
 
Alain Cochard

 

Agenda des concerts de Célia Oneto Bensaid : https://celiaonetobensaid.com/fr/concerts
 
 
(1)   www.concertclassic.com/article/satyagraha-au-palais-garnier-jusquau-3-mai-lange-bienfaiteur-compte-rendu
 
(2)   1 CD MIR 812 (sortie le 3/04/26, CD et Vinyle)
 
(3)    Joué par le compositeur, le morceau accompagna en 1979 l’entrée du Dalaï-Lama dans la cathédrale St. John the Divine
 
(4)     www.concertclassic.com/article/inauguration-du-festival-un-temps-pour-elles-2024-labbaye-de-maubuisson-reprise-au-festival
 
 
Photo © Le Philtre / Marc de Pierrefeu

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