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​Bella Adamova, Ainārs Rubikis & l’Orchestre national d’Île-de-France – Pure musicienne – Compte-rendu

 

 
Si Ainārs Rubikis a eu l’occasion de se faire applaudir en 2022 à l’Opéra de Montpellier dans Aida (1), on n’oublie pas que dès 2018 le lauréat du Concours Gustav Mahler 2010 et de celui de Salzbourg l’année suivante avait été l’invité de l’Orchestre national d’Île-de-France dans un programme partagé avec un pianiste à l’orée d’une formidable carrière : Alexandre Kantorow.(2) On a retrouvé avec grand plaisir le maestro letton à la Philharmonie, dans le cadre d’une tournée de six dates de l’Ondif.
 
Musique à voir

Intitulé « Sur l’eau », le programme débute côté Mitteleuropa avec la Moldau de Smetana. Un poème symphonique archi-célèbre, mais que l’on n’entend finalement pas si souvent en concert. Il s’offre dans une interprétation parfaite, conjuguant la fluidité avec la puissance généreuse et les contrastes requis pour apporter sa dimension visuelle à pièce. L’Orchestre national d’Île-de-France montre d’emblée la belle santé qui est la sienne – que les années Scaglione lui ont été profitables ! –, pour le plus grand bonheur d’un public fidèle et nombreux.

 

© Ondif

Tout le charme elgarien
 
Du fleuve cher à Prague, on passe à la mer avec les Sea Pictures d’Edward Elgar ; un cycle qui ne saurait être accusé d’encombrer les concerts. Souffrante, la Britannique Alice Coote y est remplacée par sa collègue Bella Adamova (photo) – une mezzo d’origine tchétchène, installée très tôt à Prague et formée en Allemagne et en Angleterre. D’une voix riche, aussi souple qu’homogène, et bien aidée par un chef fin connaisseur des voix, elle s’empare des cinq mélodies avec un art de la nuance et une prégnance poétique qui traduisent tout le charme de l’inspiration elgarienne. L’instrument est magnifique certes, mais dans ces pages exemptes d’effets vocaux, c’est d’abord la musicalité parfaite de la jeune femme qui force l’admiration. Une musicalité et une justesse d’intonation qui – après des applaudissements aussi nourris que mérités – s’illustrent une dernière fois, en bis, dans Wiegala d’Ilse Weber (1903-1942), délicate berceuse que la mezzo interprète a cappella et dont le charme mélodique vous poursuit longtemps après qu’elle a pris fin ...  

 

© Ondif

Brahms autrement

Sur l’eau ... Ce n’est pas a priori à l’élément aquatique que l’on associe à la 3Symphonie de Brahms. Mais, il ne serait pas interdit d’imaginer un ruisseau ou une rivière coulant dans l’interprétation qu’en offre Ainārs Rubikis, complètement a rebours de conceptions plus héroïques et germaniques auxquelles l’on est accoutumé. Le maestro letton pousse très loin l’option, trop à notre goût (dans le premier mouvement surtout), mais on ne saurait contester que de bout en bout il assume pleinement ses choix, en montrant beaucoup d’attention aux timbres instrumentaux.
 
Bientôt l’Amérique

 
À propos d’eau, c’est l’Atlantique tout entier que l’Ondif va bientôt franchir puisque son prochain programme, intitulé America, » réunira, sous la baguette de la cheffe étatsunienne Michelle Merrill, Circus polka de Stravinski, la méconnue Second Rhapsody de Gershwin (avec Franck Dupree au piano) et, plus rare encore, la Symphonie op. 32 « Gaélique » (1896), pièce orchestrale majeure de la compositrice Amy Beach (1867-1944). Un passionnant programme à ne pas manquer. Attention, deux dates seulement : Plaisir le 16 avril et Paris le 17.
 
Alain Cochard
 

 

 
Paris, Philharmonie, 7 avril 2026
Prochain concert de l’Ondif : « America » , 16 e 17 avril 2026 : www.orchestre-ile.com/concert/america-935#artiste_655
 
Photo © Ondif

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