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​Pinocchio de Boesmans par la Co[Opéra]tive au Théâtre Impérial de Compiègne/9e Festival En Voix ! [en tournée nationale jusqu’au 20 mars 2027]– L’Enfant sans les sortilèges – Compte rendu

 

Qu’une partition contemporaine retrouve la scène dix ans après sa création, et dans une autre production, est en soi un événement à saluer avec enthousiasme. Certes, le bicentenaire de la naissance de Carlo Collodi s’y prêtait, mais il est heureux que la Co[Opéra]tive, ce regroupement de plus ou moins grands théâtres, ait eu l’idée de re-proposer le Pinocchio de Philippe Boesmans, dont la première avait eu lieu en juillet 2017 au festival d’Aix-en-Provence.

En lien avec le monde du théâtre et du cirque

Même si cet opéra n’est pas forcément le plus parfaitement réussi du compositeur belge décédé en 2022 (on peut lui trouver quelques longueurs, dues en partie au livret), il est particulièrement intéressant de le découvrir dans une vision assez différente de celle qu’avait conçue Joël Pommerat il y a une dizaine d’années. Après son récent Macbeth à l’Opéra de Rouen, Ambre Kahan opte à son tour pour un spectacle sur fond noir, mais bien plus lumineux, et qui souligne le lien avec le monde du théâtre et du cirque.

 

© Fred Margueron

Une féminité non dissimulée

À Aix-en-Provence, les deux personnages principaux, le pantin et le directeur de troupe, avaient un côté très nettement inquiétant, voire effrayant. Rien de tel cette fois – peut-être aussi parce que l’on vise le jeune public – et c’est un grand plaisir de voir l’œuvre adopter un caractère nettement riant. Certes, Pinocchio démarre toujours en sale gosse (difficile de ne pas penser à l’Enfant de Colette et Ravel lorsqu’il affirme « J’ai pas envie de travailler ») affreusement consumériste (son pauvre père doit sacrifier son manteau pour satisfaire les goûts de luxe de cette créature). Mais Anaïs Merlin lui prête une telle joie de vivre, un bonheur de chanter et, plus inattendu, une féminité non dissimulée que le rôle-titre attire vite une sympathie irrésistible.

 

© Fred Margueron 

De l’émotion au comique

Même chose pour le narrateur auquel René Ramos Premier prête une charmante pointe d’accent hispanique, et qu’il rend lui aussi immédiatement séduisant, par la beauté de son timbre et par le naturel de son jeu – même s’il sait aussi par la suite se changer en « escroc » ou en « meurtrier ». L’œuvre prévoit en effet que la plupart des membres de la distribution assurent plusieurs personnages. Jean-Luc Ballestra, d’abord père du pantin, revient en meurtrier et en maître d’école, ce qui lui permet d’exploiter divers registres, de l’émotion au comique ; le ténor Jordan Mouaïssia multiplie avec brio les figures les plus variées ; et Aliénor Feix enchaîne sans peine la « chanteuse de cabaret » (ici devenue femme à barbe) au « mauvais élève », le cancre qui soumet Pinocchio à la tentation et cause sa transformation en âne. N’échappe à cette règle que Vibe Rouvet en Fée, à qui Boesmans n’a pas facilité la tâche en matière d’intelligibilité du texte, son rôle se situant presque constamment dans l’extrême aigu.

 

© Fred Margueron

 
Chansons traditionnelles et populaires

Sous la direction de Léo Margue, l’ensemble Miroirs Étendus, en résidence à Compiègne, succède dignement au Klangforum Wien qui avait créé l’œuvre en 2017, et fait monter de la fosse un flot de sonorités à la fois typiques du compositeur de Reigen mais aussi tous les détournements auxquels se livre la partition. Grâce aux trois instrumentistes présents sur le plateau, les moments de liberté explicitement accordés aux interprètes sont cette fois occupés par toutes sortes de chansons traditionnelles ou populaires, en italien, en espagnol ou même en français (les plus de vingt ans auront aussitôt reconnu « La Maritza » de Sylvie Vartan).

Laurent Bury
 

Philippe Boesmans, Pinocchio – Compiègne, Théâtre Impérial, 6 novembre ;  prochaines représentations à Quimper les 12 et 13 novembre, à Tourcoing les 20 et 21 novembre, à Rennes du 12 au 18 décembre 2026, à Besançon les 27 et 28 janvier 2027, à Sénart les 3 et 4 février, et à Massy les 19 et 20 mars www.lacoopera.com/pinocchio
 
Le Pinocchio de la Co[Opéra]tive était présenté à Compiègne dans le cadre du Festival En Voix du Théâtre Impérial (5 novembre – 17 décembre) : www.theatresdecompiegne.com/page-festivalenvoix
 
Photo © Fred Margueron

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