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Ariadne auf Naxos à Opéra national du Rhin [jusqu’au 22 novembre ] – Hors-champ ou hors-sujet ? – Compte rendu

Ariane est à Naxos. Naxos est en Grèce. La Grèce a connu une dictature militaire de 1967 à 1974. Tel est le cheminement qu’a dû suivre la pensée de Myriam Marzouki dans son désir d’explorer « le hors-champ et ses conséquences », les metteurs en scène étant prêts à tout pour « rendre le parallèle avec notre monde contemporain plus percutant ».

© Klara Beck
Un parfait ennui
Que l’œuvre de Strauss et Hofmannsthal soit transposée vers la fin des années 1960, pourquoi pas, même si cela nous vaut un décor de villa au bord de la mer façon théâtre de boulevard à l’ancienne. Certes, le mécène est un tyran qui, par le biais de son majordome, ne cesse de rappeler aux artistes l’existence d’une hiérarchie sociale écrasante ; certes, l’économique prime sur l’artistique, quand ledit mécène impose une forme d’anarchie esthétique en obligeant à fusionner « das lustige und das traurige ». Que l’explosion qui conclut le prologue se transforme en manifestation pour la démocratie, avec invasion de la villa par des rebelles, banderoles et fumigènes, soit (on comprend enfin, plus ou moins, ce qu’il était censé se passer pendant les quelques minutes de pantomime précédant l’ouverture). Mais que les militaires reprennent le contrôle de la situation durant la conclusion de l’opéra – au ralenti, car cette fois, la musique ne s’y prête vraiment pas du tout –, voilà qui paraît singulièrement plaqué sur un livret qui n’en demande pas tant, et dont madame Marzouki vante pourtant « l’exceptionnelle qualité théâtrale ». On aimerait pouvoir appliquer ce compliment à sa mise en scène, qui distille un parfait ennui et s’avère assez incapable de proposer sur le plateau de quoi intéresser l’œil pendant que l’oreille est comblée par la partition. En dehors des moments chorégraphiés, il ne se passe vraiment pas grand-chose, et les airs s’enchaînent sans que le visuel apporte la moindre contribution au spectacle. D’où un long tunnel à partir de l’arrivée de Bacchus : c’est un des pièges de l’œuvre, on le sait, mais l’écueil n’est pas évité ici.
Musicalement, l’Orchestre national de Mulhouse confirme les progrès constants accomplis depuis une dizaine d’années ; sous la direction de Christoph Koncz, dont on aurait pu espérer des contrastes plus nettement accentués, il se hisse à la hauteur de l’enjeu, même si l’œuvre a connu des interprétations plus « soyeuses », plus viennoises.

Julie Roset & Eugénie Joneau © Klara Beck
Une doublure pour Julie Roset
La distribution annoncée devait réserver deux prises de rôle assez passionnantes. Hélas, la nouvelle directrice de l’Opéra du Rhin, Chrysoline Dupont, a été contrainte de faire une apparition devant le rideau pour annoncer que, souffrante, Julie Roset ne ferait que mimer Zerbinette. La déception est grande, car on attendait vraiment au tournant la soprano, dont la récente Sophie dans Werther à l’Opéra-Comique laissait entrevoir ce dont elle serait capable hors du répertoire baroque. Une remplaçante au pied levé a donc été trouvée, l’Autrichienne Ilia Staple, qui chante debout à l’avant-scène, sauvant ainsi la soirée.

Eugénie Joneau & AJ Glueckert © Klara Beck
La superbe Ariane d’Eugénie Joneau
L’autre prise de rôle prévue a bien eu lieu, et Eugénie Joneau (photo) a offert une superbe Ariane, aux graves somptueux (nécessaires pour « Totenreich », par exemple) et dont l’aigu se libère vite, une fois passé les premières minutes. Quel dommage que la direction d’acteur ne l’aide pas à camper une Primadonna haute en couleurs. AJ Glueckert (photo) lui donne une digne réplique en Bacchus, hélas peu avantagé par un costume peu seyant et une perruque à peine préférable à celle que le Ténor refuse au Prologue. Sans qu’on sache avec certitude s’il s’agit d’une compositrice plutôt que d’un compositeur, Dorottya Lang ne marque guère les esprits sur le plan vocal, le personnage restant assez inconsistant sur le plan théâtral. Le Maître de musique n’existe guère plus sur le plan dramatique, Jochen Kupfer ayant pourtant les moyens du rôle. Lucas Pauchet, en revanche, est un Maître à danser bien plus présent, talent à suivre assurément. Très beau quatuor avec l’Arlequin au timbre riche de James Newby et le Brighella sonore d’Arwen Tanguy, accompagnés du Truffaldin d’Antoine Foulon et du Scaramouche d’Aleksandre Khukhushvili. Les voix de Naïma Wanshe, Lucy Evans et Jessica Hopkins, toutes trois membres de l’Opéra Studio de l’OnR, forment un harmonieux trio dryade-naïade-echo. Parmi les figures plus épisodiques, on remarque le Perruquier sonore d’Eduard Ferenczi Gurban et le Laquais ironique de Jiawen Li. Sans oublier la morgue du Haushofmeister de Christian Heller, plaisamment gagné par la frénésie générale lorsqu’il évoque le feu d’artifice programmé pour 21 heures pile.
Laurent Bury

Strauss : Ariadne auf Naxos - Strasbourg, Opéra natrional du Rhin, 31 octobre ; prochaines représentations les 2, 4, 6 et 8 novembre à Strasbourg ; les 20 et 22 novembre à Mulhouse ; le 29 novembre 2026 à Colmar // https://www.operanationaldurhin.eu/fr/spectacles/saison-26-27/opera-1/ariane-a-naxos
Le spectacle sera ensuite présenté à l’Opéra de Dijon les 7 et 9 février 2027, avec une distribution en partie renouvelée // opera-dijon.fr/fr/au-programme/calendrier/saison-26-27/ariane-a-naxos/
Photo © Klara Beck
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