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Une interview d’Adrien Fournaison, baryton-basse [ Théâtre des Champs-Elysées, 13 oct. & 10 novembre] – La joie de vivre en chantant

Pour le baryton-basse, qui a impressionné lors des séquences tirées de la Flûte Enchantée au récent Concours Svetlanov de Birmingham (1), c’est l’heure de l’épanouissement : on l’avait déjà remarqué dans Mozart, et en particulier pour son irrésistible Leporello – rôle ô combien cher à son cœur – dans le Don Giovanni du Concert de la Loge, production de l’Arcal mise en scène par Jean-Yves Ruf (2). Un spectacle qui a fait l’objet d’une tournée aussi longue qu’acclamée.
On retrouve Adrien Fournaison le 13 octobre au théâtre des Champs-Elysées, lors d’une soirée qui le verra incarner le Figaro des Noces de Mozart, avec le B’Rock Orchestra sous la direction de Francesco Corti. Distribution prestigieuse, Huw Montague Rendall, Emöke Barath, Eva Zaicik et la jeune Lauranne Oliva, pour cette version de concert, où la forte présence du chanteur suffira sûrement à remplacer la gestuelle plus imposée des mises en scène. Une avancée sans faille, à pas de géant (1m,96 !), et de velours, notamment dans la mélodie ou le lied. Il nous livre un échantillon de sa joie de vivre en chantant.

Arien Fournaison accompagné par Gabriel Durliat © DR
Que vous ont apporté les passages successifs que vous avez faits dans diverses académies ou ateliers ?
Des Petits chanteurs à la Croix de Bois aux scènes prestigieuses où je mets le pied aujourd’hui, comme le Théâtre des Champs Elysées, l’Elbphilharmonie, le Concertgebouw, la Scala de Milan et quelques autres, je mesure la distance parcourue, que je dois à tous les apports qui m’ont aidé à me construire : comme l’Académie Orsay-Royaumont, qui nous faisait trouver des correspondances entre musique et peinture, pour laquelle je me passionne, en choisissant un tableau et en l’illustrant de notre chant, une manière très riche d’élargir notre univers artistique. Travailler avec David Stern dans son Atelier Opera Fuoco m’a donné une formidable liberté de ressenti et de mouvement, et c’est là que j’ai fait mon premier Figaro, ainsi qu’Ariodate dans Xerxès de Haendel. Tandis qu’à l’Académie Jaroussky j’ai plutôt creusé des points de détail.
Vous interprétez donc Figaro prochainement. Que représente ce rôle dans votre approche des personnages de Mozart, indépendamment de leurs caractéristiques vocales ?
C’est sa fraîcheur, son humour, son intelligence qui me touchent, outre bien sûr son côté revendicateur. Il est très joueur, mais complexe, et difficile à saisir. Et il me rapproche d’un personnage que j’adore, auquel je le trouve apparenté, celui de Leporello, qui me parle bien plus que Don Giovanni, que je n’ai pas pour le moment envie d’incarner. Vocalement Mozart est plus libre que Haendel, que j’ai beaucoup chanté et qui m’a fait décoller, mais qui demande plus de soutien sonore pour épouser l’orchestre et l’ampleur du rayonnement harmonique. J’y reviens bientôt pour le rôle de Pallante dans Agrippina, également au TCE, avec Les Accents et Thibault Noally.

Irrésistible Leporello dans la production de l'Arcal © Simon Gosselin
Comment évolue votre voix, et quels sont vos repères, vos admirations de toujours ?
Je sens qu’elle s’étoffe et gagne davantage vers les graves. Autrefois, j’allais un peu plus vers l’aigu. Mes repères, ce sont Dietrich Fischer-Dieskau, dont je m’enivrais littéralement dans mes débuts. J’admire aussi beaucoup Gérard Finley, Stéphane Degout, les enregistrements du magnifique Dmitri Dvorotovsky, et je suis sous le charme de Bryn Terfel, à la présence fascinante. Ils ont tellement marqué l’univers du lied et de la mélodie, auquel je suis particulièrement attaché, pour son intériorité. Car au début, je préférais le récital (3) à la scène, qui ne m’attirait pas particulièrement. J’y ai pris goût ensuite.
En quelle langue préférez-vous chanter ?
Je ne pratique pas beaucoup l’allemand à l’opéra, malgré la passion que j’ai pour cette langue, et Wagner n’est certes pas encore à mon horizon… Je l’ai effleuré avec accompagnement de piano, mais ce n’est vraiment pas satisfaisant. Il y faut l’orchestre. L’italien, c’est évident ! Mais je ne suis pas belcantiste, et surtout pas rossinien, car les trilles virtuoses ne me conviennent pas. En dehors de Mozart et Haendel, incontournables dans mon parcours, je suis aussi attiré par Puccini, bien plus que par Verdi, et un jour Scarpia comblerait beaucoup de mes aspirations dramatiques.
Et puis le français, car, comme je l’ai dit, je viens de l’univers de la mélodie, où je suis pleinement heureux et qui convient à mon phrasé et à ma sensibilité. Mais mon envie majeure demeure Golaud, pour sa densité torturée, sa douleur et sa fragilité, explosant en violence. Malheureusement, Pelléas et Mélisande est moins donné en ce moment, après une période de mode. Autre rêve, le Thésée d’Hippolyte et Aricie, de Rameau, dont l’écriture chatoyante et vivace me met en joie. En attendant, pour m’entretenir, je marche beaucoup, je cours, je fais du yoga !
Propos recueillis par Jacqueline Thuilleux, le 21 septembre 2026

Les Noces de Figaro, Paris, TCE, 13 octobre 2026
www.theatrechampselysees.fr/saison-2026-27/opera-en-concert/les-noces-de-figaro-2
Agrippina, Paris, TCE, 10 novembre 2026
www.theatrechampselysees.fr/saison-2026-27/opera-en-concert/agrippina le début d’une tournée internationale qui se poursuivra à Amsterdam (14 nov.) ; Barcelone (18 nov.), Lausanne (28 nov.) : lesaccents.fr/#calendrier%20-%20schedule
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(1) www.concertclassic.com/article/6e-concours-international-de-direction-dorchestre-evgeny-svetlanov-birmingham-eclatante
(2) www.concertclassic.com/article/don-giovanni-selon-jean-yves-ruf-production-arcal-au-theatre-de-lathenee-encore-mieux-compte / Notez que Le Concert de la Loge et Jean-Yves Ruf poursuivent l’aventure de la Trilogie Da Pointe avec Così fan tutte, dans une distribution totalement renouvelée. Le spectacle sera présenté du 13 au 22 novembre au théâtre de l’Athénée, avant de partir en tournée : www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/cosi-fan-tutte.htm
(3) La mélodie, domaine qui avait d’ailleurs amené Concertclassic à vous signaler la voix et le potentiel d’Adrien Fournaison dès 2022 : www.concertclassic.com/article/printemps-de-la-melodie-2022-de-lacademie-francis-poulenc-la-salle-cortot-he-bonsoir-la-lune
Photo © DR
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