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Daniel Harding dirige Philopéra au Palais Garnier – Un sobre concert inaugural – Compte rendu

 
Avec ses musiciens issus de la fosse de l’Opéra de Paris, l’orchestre associatif Philopéra se veut déjà donneur de grands rendez-vous. Sa soirée inaugurale s’est tenue dans le cadre somptueux d’un Palais Garnier plein à craquer. Dirigé par Daniel Harding (photo), le nouvel orchestre est donc resté « à la maison », ce qui n’a pas manqué d’influencer les couleurs et le dynamisme de l’interprétation.
C’est sur scène, et non en fosse, que l’on a retrouvé les 116 musiciens de Philopéra (sur les 174 que totalise l’orchestre de l’Opéra de Paris), motivés par le désir de renouer avec le répertoire symphonique, de défendre des pages rares et de mettre la musique française à l’honneur. Ces deux derniers points n’ont visiblement pas été retenus pour concevoir le programme de la soirée inaugurale, qui réunissait la 3Symphonie de Schubert et la puissante Symphonie « Titan » de Mahler. Rien de bien différent de ce que propose l’Orchestre de Paris à la Philharmonie. Sans discours, sans bis, et avec un entracte que le public a dû deviner lorsque les musiciens, hésitants, ont quitté la scène, difficile de conférer un caractère exceptionnel à la soirée. Il faut consulter le programme pour comprendre que l’on assiste à la naissance d’un orchestre. Orchestre qui devra s’affirmer au milieu d’une offre symphonique parisienne déjà plus que copieuse.

 

© Melkon Ajamian

Schubert rêvant d'opéra

 
C’est à Daniel Harding que Philopéra a confié les rênes pour son premier concert. Grand connaisseur des orchestres français, le chef est entré en scène le sourire un brin crispé. Sans l’éclat d’une alchimie parfaite entre la baguette et les musiciens, la symphonie de Schubert a été abordée sans la prise de risque qui aurait pu donner plus de caractère à l’Allegretto et surtout au Menuetto. On s’en tient à la dimension opératique de la pièce, qui nous fait croire, à chaque instant, à l’entrée imminente d’un chœur ou d’une soprano. Curieuse impression, hasard de l’écriture d’un jeune Schubert rêvant à l’opéra qu’il n’écrira jamais, ou sortie difficile de la zone de confort pour les musiciens.

 

© Melkon Ajamian

À l'avantage des moments apaisés

 
La Symphonie « Titan », avalée en à peine cinquante minutes, n’a pas disposé du meilleur des écrins dans la salle du Palais Garnier – plutôt sèche pour le symphonique. Elle n’a pas non plus trouvé en Philopéra un orchestre capable de renverser la table dans les moments grandioses. Une tension sporadique et une faible projection, n’était la surpuissance du splendide pupitre de cuivres, ont eu raison de l’intitulé « Titan » de l'ouvrage, au moins jusqu’au Scherzo. La sonorité de l’orchestre – dont il faudra profiter dans une salle plus adaptée –, tantôt lumineuse et ciselée, tantôt douce et feutrée, a fait merveille sur les moments plus apaisés de la partition. L’introduction du premier mouvement, ou la marche funèbre du troisième, étaient remarquables. À noter aussi, le jeu scintillant d’Ángel Martín Mora, récemment nommé clarinette solo de l’Opéra, un duo de hautbois délicieusement irrévérencieux et le dynamisme conquérant des pupitres de violoncelles et d’altos (ce même dynamisme qui a souvent fait défaut chez les premiers violons).
L’aventure Philopéra n’en est qu’à son coup d’essai. Avec à l'esprit les intentions artistiques affichées et l’excellence reconnue de ses membres, gageons que, la prochaine fois, la phalange saura franchir le pas de façon plus assumée, pour laisser l’opéra derrière elle et tirer plus résolument profit de ses nombreuses qualités.
 
Antoine Sibelle

 

 
Paris, Palais Garnier, 6 septembre 2026.
Diffusion sur Medici.tv le 26/09/26 (20h), sur Mezzo Live le 3/10/2026 (21h) & sur Radio Classique le 26/09/2026

Photo © Melkon Ajamian

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