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​Jean Rondeau en récital au Festival de Sablé 2026 – Sculpteur et architecte – Compte rendu

 
10h30 : horaire bien matinal, certes, mais le public est présent en nombre dans la petite église Saint-Pierre d’Auvers-le-Hamon, à quelques kilomètres de Sablé. Autant dire une acoustique idéale pour un récital de clavecin particulièrement attendu puisque l’interprète n’est autre que Jean Rondeau. Sans être uniquement occupé par des pages de Louis Couperin, le programme se veut hommage à un auteur dont Rondeau a on le sait signé une intégrale très remarquée de la musique de clavier (Warner Classics).

Comme l’interprète s’en ouvrira au public au terme du récital, Louis Couperin est présent dans son univers depuis très longtemps. Ce qui n’étonne guère s’agissant d’un musicien formé par Blandine Verlet, inoubliable artiste dont l’intégrale de la musique pour clavecin (Naïve) de l’aîné de la dynastie Couperin a profondément marqué la discographie.

 

© Festival de Sablé

Une beauté nécessaire
 
L’hommage à Louis Couperin de Jean Rondeau s’organise en trois sections ; trois suites (Ré mineur, Ré majeur, Sol mineur), chacune se refermant par un tombeau (respectivement Tombeau de Mézengeau d’Ennemont Gaultier ; Tombeau de M. de Chambonnières de d’Anglebert ; Tombeau de M. de Blancrocher de François Dufaut). En trois sections enchaînées, sans la moindre pause, le récital se déroule devant un public pris par la nécessité intérieure de l’interprétation qui lui est offerte. Pas la moindre tentation d’applaudissement plus d’une heure durant de la part d’un auditoire subjugué – pétrifié presque – par la beauté du jeu, mais aussi celle de l’exceptionnel clavecin que touche Rondeau : un instrument d’une richesse incroyable, sorti en 2018 des ateliers de Jukka Ollikka (1), facteur finlandais établi à Prague.

 

 
Sens de l’arche

 
Prélude 1 de la Suite en ré mineur : on est immédiatement frappé par l’aptitude de Jean Rondeau à sculpter le son. Dès les premières mesures, c’est plus qu’une ligne qui se dessine : un édifice sonore commence à se déployer, un horizon poétique se dévoile. Vaste. Le sculpteur se double d’un magistral architecte ; son sens de l’arche caractérise tant l’exécution de chacune des pièces, que des trois volets d’un programme d’un cohérence parfaite, du Prélude 1 au Tombeau de M. de Blancrocher.

Sûreté du style : Louis Couperin résonne en majesté mais sans aucunement se muséifier. L’interprète ne joue pas à « faire Grand Siècle ». Par sa présence au son, au temps musical, par la variété de ses attaques, chaque note est vivante et sa perception aiguisée des caractères lui permet de toucher à la part la plus intime des partitions. Avec quel art la douleur secrète de la Sarabande 51 (Suite en ré mineur) ou la mélancolie de l’Allemande 53 (Suite en ré majeur), pour se limiter à ces deux exemples, sont-elles traduites ... Quant au trois tombeaux qu’il a choisis, ils font pleinement sens dans le cours du programme.
Un moment d’autant plus privilégié pour ceux qui ont eu la chance d’y assister que l’année sabbatique que Jean Rondeau a décidé de s’offrir va le rendre momentanément très rare dans les salles de concerts.
 
Alain Cochard
 

(1) https://www.harpsichordmaker.com/
 
Festival de Sablé – Auvers-le-Hamon (église Saint-Pierre), 22 août 2026
 
Photo © Festival de Sablé

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