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Fidelio au Festival de Saint-Céré 2026 [en tournée de janvier à juillet 2027] — Réussites et contrastes d’une nouvelle production – Compte rendu

Après avoir co-fondé l’ensemble Sarbacane en 2016, le hautboïste Gabriel Pidoux vient de créer Le Chapitre, formation de chambre à géométrie variable – en résidence à la Fondation Singer Polignac (1) – destinée à valoriser le répertoire pour vents et à naviguer entre les styles. Pour sa première représentation publique, lors de l’ouverture de la 46e édition du festival de Saint-Céré, l’ensemble a présenté une version inédite de l’unique opéra de Beethoven. Un Fidelio qui a davantage tiré sa vitalité et son originalité du volet musical que de la mise en scène.

Le château de Castelnau © DR
C’est le château de Castelnau, remarquable forteresse, qui a accueilli un spectacle fruit d’une co-production entre le Théâtre impérial de Compiègne, l’Opéra de Rennes, l’Atelier Lyrique de Tourcoing, associés à ScénOgrapha, la scène conventionnée d’intérêt général qui dirige le festival de Saint-Céré. On ne pouvait rêver meilleur cadre pour plonger dans l’univers carcéral où règne le cruel Don Pizzaro. Après le repas local proposé au public sur les remparts, avec une vue splendide sur la campagne lotoise et le coucher du soleil, direction la cour du château où le plateau et les gradins sont installés au pied des puissantes tours. Sur l’impressionnante tour carrée seront projetés les sous-titres de l’opéra chanté en allemand, parlé en français. Cette vue sur le plateau, décor dans un décor, est une expérience à elle seule.

© Loran Chourrau
Hybridation
Composé en 1804, créé en 1805 dans sa première version, 1806 pour la seconde, Fidelio fut donné dans sa troisième et dernière mouture à Vienne, en 1814. Un an après environ, le clarinettiste bohémien Wenzel Sedlák (1776-1851) réduisit de larges épisodes (une quarantaine de minutes au total) de la partition pour nonette à vent (2 hautbois, 2 clarinettes, 2 cors, 2 bassons et un contrebasson). Un arrangement qui, dit-on, aurait satisfait Beethoven. Quelque 200 ans plus tard, Gabriel Pidoux se saisit de la partition de Sedlák pour y réintroduire les voix. Il propose ainsi une nouvelle version de Fidelio, hybridation de l'original et de sa transcription ; un regard neuf sur un ouvrage qui sans fosse ni chœur, trouve davantage de proximité avec le public.
Avec ses neufs musiciens jouant sur instruments d’époque, Le Chapitre est loin des fastes de l’orchestre beethovénien. La puissance de l’ouverture ne peut être que sacrifiée, de même pour les ponctuations énergiques du premier acte et la charge dramatique du deuxième. Mais on s’habitue vite à la sonorité élégante et légère de l’ensemble dirigé par Gabriel Pidoux au hautbois. La densité de l’écriture, fort bien conservée par l’arrangement, se trouve superbement restituée.

© Loran Chourrau
Pour les besoins d’une production itinérante
Destinée à tourner dans différents théâtres, la mise en scène de Pauline Laidet (scénographie d’Antoine Franchet), ne pouvait malheureusement pas s’appuyer sur les éléments architecturaux du château. Par conséquent, sur le plateau, une imposante structure métallique recrée les cellules d’une prison ; un procédé qui ne s’encombre d’aucun artifice et propose plusieurs espaces communiquant selon les besoins narratifs. Ainsi Florestan peut-il demeurer isolé dans sa cellule à la vue de tous, pendant que Marcelline et Jaquino se disputent et que Rocco veille à son bureau. Les musiciens, quant à eux, sont confinés dans des cellules sur le plateau, une solution pour habiter la prison en l’absence de chœur. Pour autant, et si l’on aurait pu s’attendre à une mobilisation plus poussée des éléments de la structure métallique, le manque de cohérence des costumes et des décors perturbe : les musiciens sont habillés en forçats moyenâgeux, Rocco, Leonore et Fidelio s’apparentent à des officiers de police d’aujourd’hui, le bureau du geôlier en formica évoque les années 60, Don Pizzaro apparaît gominé, en costume cravate, quand Don Fernando arbore une grande cape dorée à la Nabuchodonosor, tandis que le château lui-même renvoie à l’univers médiéval. Il est donc bien difficile de s’immerger pleinement dans une atmosphère précise. Et ne pouvait-on pas fournir des chaussures de scène aux musiciens ? Cela aurait évité le choc des baskets rouges, bleues ou noires lorsque ceux-ci, intégrés à la scénographie, sont sortis de leur cellule en tant que prisonniers pour mimer la promenade quotidienne. Le Diable réside dans les détails…

© Loran Chourrau
Une jeune distribution
La jeune distribution réunie pour ce Fidelio doit encore calibrer son jeu théâtral, souvent exagéré. Margaux Poguet offre à Leonore une voix souple et un timbre profond, esquissant une réelle force de caractère qui ne trouve pourtant pas le juste équilibre pour incarner la dualité de son personnage. En tombant le masque à la fin de l’acte deux, la soprano se révèle bien plus convaincante et affronte avec force Pizzaro, dardant sur le gouverneur un regard pénétrant. Marcelline (Marie Lombard), belle épouse éconduite, navigue sur de délicieux aigus et forme un duo sensible le Jaquino de Yoann Le Lan, véritable révélation de la soirée par son jeu parfaitement calibré et dynamique. Du haut de sa cellule en Florestan, superbe prisonnier mourant, Thomas Bettinger affronte avec mérite l’écriture délicate dévolue au ténor.
En Rocco, Jean-Vincent Blot affirme l’autorité d’un geôlier tout aussi lâche et vénal que préoccupé par l’avenir marital de sa fille, la même autorité que l’on aurait souhaitée beaucoup plus appuyée chez Christian Hemler, dont le Pizzaro ne fait qu’effleurer la cruauté du personnage. Enfin, Romain Dayez qui campe un Don Fernando mesuré, brille dans son rôle passager de prisonnier, menant avec une expressivité brute un appel vibrant à la liberté. Mais l’incarnation des moments les plus chargés en émotion ne permet pas d’atteindre de véritables sommets (quid d’un amour brûlant entre Leonore et Florestan, de l’angoisse face à la mort prochaine de l’être aimé, de la rage de Pizzaro ?). Ces réserves – formulées un soir de première dans les conditions du plein-air – ne condamnent pour autant un spectacle destiné à être diffusé sur diverses scènes à compter du mois de janvier prochain et qui se bonifiera sans nul doute au fil de ses reprises successives.
Antoine Sibelle

(1) www.singer-polignac.org/le-chapitre/
Beethoven : Fidelio – Château de Castelnau, festival de Saint-Céré, 31 juillet 2026.
Tournée 2027 :
-14 & 15 janvier, Théâtre Impérial de Compiègne
- 20 janvier, Atelier lyrique de Tourcoing
- 24 janvier, Opéra de Vichy
- 27 janvier, Opéra de Clermont-Ferrand
- 30 & 31 janvier, Théâtre de Nîmes
- Mardi 13 avril, Théâtre de Chartres
- 24 juin 2027, Festival Musical de Namur (Belgique)
- Juillet 2027, Opéra de Rennes – Les Tombées de la Nuit
Beethoven : Fidelio, château de Castelnau, festival de Saint-Céré, 31 juillet 2026.
Photo © Loran Chourrau
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