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L’ensemble L’Aubade au festival ClassiCahors 2026 [jusqu'au 9 août] - Une délicieuse parenthèse – Compte rendu

Soignant la diversité de ses formats, le festival ClassiCahors – qui fête cette année ses 10 ans – a choisi de confier le deuxième concert de sa programmation à l’ensemble vocal L’Aubade, qui fait donc suite à la soirée d’ouverture menée par l’Orchestre du Capitole de Toulouse l’avant-veille. Le concert, placé sous le thème « Passions et douleurs », s’est tenu dans un lieu des plus atypiques : d’anciennes mines de phosphates, situées à un trentaine minutes de Cahors.
Fondé en 2016, dirigé par Emmanuel Pélaprat et Sonia Sempéré-Pélaprat, ClassiCahors suit une recette simple mais efficace : à travers le territoire cadurcien et dans des lieux emblématiques de la ville, des concerts grand public où se succèdent quelques étoiles du paysage musical, et des soirées plus confidentielles où se jouent les raretés d’un répertoire explorant divers horizons. Le festival se pose en quête vivante et déterminée d’excellence et de passion, dans un territoire où, contrairement aux grandes villes, la musique classique compte ses espaces d’expression.

© DR
Sextuor vocal créé au commencement de la décennie par Antonio Guirao et conseillé par la spécialiste en polyphonies traditionnelles Fanny Châtelain, L’Aubade s’emploie à faire ressurgir les sonorités des anciennes pratiques vocales. Dans une clairière du site boisé des Phosphatières du Cloup d’Aural, anciennes mines de phosphate abandonnées au début du XXe siècle (un cadre aussi champêtre qu’inattendu), l’ensemble a associé, avec une émotion rare – et quelques cigales en fond – des polyphonies françaises et espagnoles du XVIe siècle.
Un moment hors du monde
Des chants de Claudin de Sermisy, Guillaume Costeley, du Manuscrit de Bayeux ou encore de Juan Vásquez composent, entre autres, le programme. On est séduit par le timbre profond, doucement rocailleux de Fanny Châtelain. L’alto s’érige en colonne vertébrale de l’ensemble et illustre ce que sourire avec le cœur veut dire. Une expressivité brute qui s’associe à celle, lyrique, d’Anne-Laure Touya. Les aigus souples et limpides de la soprano font merveille dans la polyphonie française (Tant que vivray, L’amour de moy), moins éloquents sur les textes hispaniques. Pour leur répondre, Paul Crémazy et Pierre Mey (ténors), Nicolas Abella et Antonio Guirao (barytons), comme un seul homme, d’un chant terreux, vibrant et direct, accompagnent ce retour aux sources des plus sensibles.

© ClassiCahors
Une fois le concert terminé, alors que l’on se prépare à regagner le monde, les chanteurs quittent la scène en reprenant quelques pièces du programme et invitent le public à les suivre. Une véritable procession prend forme sous les arbres, guidée par le sextuor dont l’écho plus ou moins lointain résonne tel un appel mystique. Ainsi L’Aubade reconduit-il lui-même son public à l’entrée des Phosphatières, démarche fort séduisante. Au crépuscule, un dîner entièrement constitué de produits locaux, sous les arbres en présence des artistes, prolonge cette parenthèse apaisante et réconciliatrice.
Attaché à son territoire d’origine et à la ruralité, l’ensemble L’Aubade réserve pour le moment ses concerts au sud-ouest de la France. L’occasion d’un détour et d’une belle rencontre.
Notez que ClassiCahors se prolonge jusqu’au 9 août et que l’Orchestre de chambre de Toulouse (2/08), Théotime Langlois de Swarte et Justin Taylor (3/08), Liya Petrova et Adam Laloum (5/08), Victor Julien-Laferrière et le Quatuor Dutilleux ou encore l’Ensemble Dulci Jubilo (8/08) sont à l’affiche cette année.
Antoine Sibelle

Les phosphatières du Clou d’Aural, 20 juillet 2026 ; jusqu’au 9 août : classicahors.com/programmation-festival/
Photo © ClassiCahors
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