Journal
Une interview de Leonardo García-Alarcón [Festival d'Aix-en-Provence, 2-21 juillet] – « Cette Flûte enchantée est un grand défi. »

Juillet 2011: dans le cadre on ne peut plus bucolique du Domaine du Grand Saint-Jean, Julie Fuchs, Julien Behr et les jeunes pensionnaires de l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence donnaient Acis et Galatée de Haendel. Tous dirigés par un jeune chef révélé au Festival d’Ambronay : Leonardo García-Alarcón (photo). L’artiste argentin prenait ses marques à Aix, où il allait être régulièrement réinvité pour des productions marquantes.
Quinze ans plus tard, projecteurs et micros sont une fois de plus tournés vers lui puisque, installé dans la fosse du théâtre de l’Archevêché, il dirige pour la première fois de sa carrière la Flûte enchantée. Une production particulièrement attendue qui, sept ans après les Indes galantes à l’Opéra Bastille, lui offre l’occasion de retrouver son complice Clément Cogitore (photo). Neuf représentations s’offrent au public, du 2 au 21 juillet avec une distribution réunissant Sabine Devieilhe, Brindley Sherratt, Ying Fang, Sean Michael Plumb, Emma Fekete, Mauro Peter, Rodolphe Briand, Edwin Crossley-Mercer
Leonardo Garcìa-Alarcón a pris le temps de répondre aux questions de Michel Egéa pour Concertclassic l’approche d’une première qui inaugurera le 78e Festival d'Aix.
Un peu d’appréhension avant de diriger la Flûte enchantée pour la première fois ?
La Flûte, c’est effectivement une première pour moi, mais c’est une œuvre que j’ai l’impression d’avoir dirigée mille fois ! Elle m’accompagne depuis mon enfance, tout comme les passions de Bach. En fait c’est quelque chose qui est très simple à aborder, que ce soit au niveau du vocabulaire, de la mémoire et du travail avec les chanteurs.
Qu’est-ce qui a guidé votre travail en amont ?
Il y a quelque chose qui m’envahit de manière permanente, c’est la musique de Mozart. Quoiqu’il arrive sur scène, Mozart est le premier dramaturge. Il a prévu tous les tempos et la manière dont on s’adresse au public. Nous ne faisons que présenter au public des lectures, mais avant tout notre travail est de respecter la force de la partition et de la transmettre aux chanteurs qui sont sur scène.
« Je suis au comble de l’admiration pour Mozart orchestrateur. »
Quel regard portez-vous sur cette œuvre ?
J’évolue avec la pièce comme j’évolue dans la vie. Je vais avoir 50 ans et je n’écoute pas l’opéra comme quand j’étais enfant ou adolescent. Enfant j’écoutais les rythmes et j’aimais les moments qui me faisaient danser, la joie que Mozart a voulu transmettre, comme un vaudeville, une comédie musicale. A 20 ans j’ai commencé à voir le désir entre les personnages, la sensualité, le mystère, les franc-maçons… Plus tard j’ai vu le côté pragmatique, le Mozart qui composait pour être payé, pour pouvoir vivre. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’influence de Bach et Haendel ; il a copié Bach et Haendel pour les harmonies, puis il y a les influences de l’opéra vénitien, de l’opéra comique. Avec Monostatos, Zarastro, la Reine de la nuit : il fait une synthèse du genre comique tout en n’abandonnant pas l’opera seria qu’il distille ici avec retenue.
« Nous avons beaucoup travaillé sur la qualité du son dans ce théâtre de l’Archevêché en plein air. »

Clément Cogitore en répétition © Jean-Louis Fernandez
Et maintenant, à l’approche de vos 50 ans, quelle est votre relation avec cette œuvre ?
Aujourd’hui, ce qui m’intéresse c’est la rhétorique, la capacité de Mozart à attirer l’attention du public. Comme s’il avait une alarme dans le cerveau qui lui disait qu’il faut relancer l’action. Lui qui déclarait qu’il dormait en écoutant Gluck, je suis sûr qu’il est mort en sachant qu’il avait trouvé la clef pour maintenir l’attention du public. J’admire la jeunesse de ce compositeur qui a réussi à faire la synthèse des genres opératiques dans la Flûte et je suis au comble de l’admiration pour Mozart orchestrateur. Il écrit des symphonies, des harmonies tellement complexes dans des textures tellement simples. C’est un bijou.
Au Festival d’Aix-en-Provence, vous proposez une version sur instruments anciens, est-ce une prise de risques ?
Non, je ne pense pas. Nous allons jouer avec des instruments historiques. Pour moi il est très important de préserver cette sonorité originale. Cette année à Aix-en-Provence, que ce soit Raphaël Pichon avec Pygmalion pour « Requiem » ou nous avec Cappella Mediterranea pour la Flûte enchantée nous jouons avec des instruments historiques. Je dirige un orchestre d’une cinquantaine d’instrumentistes, comme à l’époque de Mozart. Et nous avons beaucoup travaillé sur la qualité du son dans ce théâtre de l’Archevêché en plein air.
C’est Clément Cogitore qui signe la mise en scène. Est-ce important de travailler avec un metteur en scène que vous connaissez ?
Oui, bien sûr. Nous avons déjà travaillé ensemble et Clément m’a présenté son travail pour cette production il y a déjà un an. C’est comme un documentaire inspiré de « Roma » d’Alfonso Cuarón. C’est la reconstruction de Berlin après la guerre, la renaissance de la société et de l’amour. Nous avons confiance l’un en l’autre et nous soutenons un projet à deux. Pour cette production nous avons le même objectif. Clément a travaillé comme un cinéaste minutieux, notamment avec les enfants. Cette Flûte enchantée est un grand défi, un défi rêvé avec une dimension supplémentaire.
Propos recueillis par Michel Egea le 30 juin 2026

La Flûte enchantée au Festival d’Aix-en-Provence, du 2 au 21 juillet 2026 : festival-aix.com/programmation/opera/die-zauberflote
Photo © François de Maleissye -Cappella Mediterranea
Derniers articles
-
04 Juillet 2026Michel EGEA
-
04 Juillet 2026Alain COCHARD
-
03 Juillet 2026Michel EGEA







