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La Flûte enchantée selon Clément Cogitore au Festival d’Aix-en-Provence 2026 [jusqu'au 21 juillet] – Bonjour tristesse – Compte rendu

C'est une nouvelle production de la Flûte Enchantée, confiée à Leonardo García-Alarcón et Clément Cogitore, qui vient d'ouvrir le 78e Festival d'Aix-en-Provence. Le spectacle n'a pas fait l'unanimité, loin s'en faut, et a reçu un accueil mitigé au soir de la première. À la pêche à l’amour, au bout du compte, seuls Papageno et Papagena avec une ribambelle de minots autour d’eux, ont visiblement trouvé le bonheur. La Reine de la nuit est morte, désintégrée par un flash en compagnie de Monostatos et des trois dames, Sarastro poursuit son « règne » de chef d’Etat "mégalo éclairé"; quant à Tamino, en compagnie de Pamina, ils ont gagné, après les épreuves, le droit de vivre leur « bonheur » au sein d’une société standardisée, aseptisée, uniformisée. Bel avenir, en fait …

Sean Michael Plumb (Papageno), Tamino enfant & adulte (Mauro Peter) © Jean-Louis Fernandez
Le parti pris du metteur en scène Clément Cogitore n’était pas dénué d'intérêt. Construire la Flûte du lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’avènement de la société de consommation et accompagner le couple Tamino / Pamina depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte, en traversant les peurs, les manipulations, le harcèlement et bien d’autres choses encore, tenait la route. D’autant plus que les comédiens, enfants et adolescents, sont excellents. Il convient de souligner la qualité du travail de direction d’acteur effectué par Cogitore pour installer efficacement la mise en abyme proposant ponctuellement de très beaux tableaux et quelques moments émouvants, sans gommer la tristesse ambiante qui préside à l’action du début à la fin.

Tamino enfant & Papageno (Sean Michael Plumb) © Jean-Louis Fernandez
Le metteur en scène, cinéaste de son état, une et abuse des vidéos, souvent répétitives, au détriment d’une lecture qui pourrait être plus directe et compréhensible. Trop d’images animées tue les images animées et le dispositif scénique, sinistre, ôte totalement la fraîcheur des respirations joyeuses et humoristiques du singspiel mozartien. Même la Reine de nuit, tristement vêtue, en mère éplorée, a perdu sa superbe de combattante. Clément Cogitore avait un parti pris, nul doute qu’intellectuellement il est intéressant ; en son temps Pierre Audi – le directeur du Festival décédé en mai 2025 – lui avait fait confiance et il a respecté cette confiance en livrant un travail qui, apprécié ou non, fait de cette Flûte un vrai spectacle de festival. Spectable qui suscite, et c’est tant mieux, un accueil populaire entre huées et applaudissement nourris. Le spectacle vit ici !
Dans la fosse, les membres de Cappella Mediterranea font magnifiquement sonner leurs instruments sous la direction de Leonardo García-Alarcón. Ce dernier aborde Die Zauberflöte pour la première fois mais, maître de son art, convainc avec une attention de tous les instants aux tempos, à leurs variations, sans quitter des yeux le plateau pour accompagner les chanteurs qui, parfois, œuvrent dans des conditions délicates.

Sabine Devieilhe (La Reine de la nuit) © Jean-Louis Fernandez
La Pamina de Ying Fang est vocalement lumineuse, voix assurée sur le fil, bien projetée et attendrissante ; du velours et de la précision. Contrainte par la mise en scène, loin des étoiles et de l’engagement de la guerrière, Sabine Devieilhe livre les aigus de la reine de la nuit avec précision, avec retenue aussi, et les trois dames sont bien en place avec un coup de cœur pour la mezzo Ashley Dixon. Quant à Emma Fekete, elle offre une joyeuse Papagena, sans trop de consistance, aux côtés du Papageno de Sean Michael Plumb, fort sollicité par la mise en scène et très présent vocalement, tout comme le Tamino de Mauro Peter. Les trois garçons issus du Knabenchor der Chorakademie Dortmund sont bien présents et les interventions du Chœur de chambre de Namur soignées.
L’accueil partagé réservé aux artisans de cette production est à l’image du spectacle présenté en ouverture du 78e Festival. Des idées, des moments intéressants, une musique qui aurait pu être plus lumineuse ; des questions, des doutes, du gris, du noir et, en remontant vers le parking Pasteur, un indicible sentiment de tristesse …
Michel Egéa

Mozart : La Flûte enchantée – 78e Festival d’Aix-en-Provence, théâtre de l’Archevêché d’Aix-en-Provence, 2 juillet ; prochaines représentations les 5, 7, 11, 13, 15, 17, 19 & 21 juillet 2026 - Diffusion sur France Musique et les radios membres de l’UER le 11 juillet (20 h.) et, en léger différé, sur Arte et arte.tv le 11 juillet(22h30) // festival-aix.com/programmation/opera/die-zauberflote
© Jean-Louis Fernandez
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