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​Une interview d’Alain Altinoglu, directeur artistique du Festival International de Colmar [5 – 14 juillet] – « J’ai toujours pensé qu’un festival, où qu’il se trouve, doit être ancré dans sa région. »

 
Avec une fréquentation en progression aussi nette que constante depuis 2023, année de la première édition de son nouveau directeur artistique, Alain Altinoglu, le Festival International de Colmar s’impose parmi les rendez-vous musicaux les plus en vue du début de l’été, résolument ancré dans sa région et ouvert sur l’Europe. À moins d’un mois du coup d’envoi de l’édition 2026, le 5 juillet, Concertclassic a interrogé Alain Altinoglu à propos d’une programmation qui peut s’enorgueillir de la présence d’admirables formations et interprètes, de belles découvertes et ... de quelques exclusivités aussi.
 

 
L’édition 2026 est la quatrième que vous signez. Quel bilan tirez-vous de l’évolution du festival depuis votre arrivée fin 2022 à la direction artistique ?
 
Un festival tel que celui de Colmar ce sont des festivaliers très fidèles. Je commence à connaître leurs goûts, leurs envies. Je cherche à leur apporter des choses nouvelles, qu’ils ne connaissent pas, mais aussi des choses qu’ils aiment ; il est important de combiner les deux. La programmation de cette année l’illustre bien. Le concert inaugural commencera par la Chevauchée des Walkyries, difficile de faire plus célèbre, mais elle comporte aussi des musiques plus rares. Il en va de même avec les interprètes, les uns sont connus de tous, tels Natalie Dessay ou Renaud Capuçon, d’autres à découvrir comme Masabane Cecilia Rangwanasha. Une extraordinaire soprano sud-africaine que nous avons découverte à la Monnaie il y a deux ans et que le public français ne connaît pas encore. Elle chantera les Quatre derniers Lieder de Strauss lors concert inaugural.  
Le bilan se traduit aussi par une fréquentation grandissante. Nous sommes passé de 8500 spectateurs en 2023 à 11780 l’an dernier. Quelle plus belle preuve du succès du festival ? Je le ressens également lors de mes déplacements à l’étranger ; on me parle de plus en plus du Festival de Colmar

 

Christoph Koncz © Andreas Hechenberger 

 
« J’attache de l’importance à la présence de solistes, d’ensembles ou d’orchestres de la région. »
 

 
Fidèle à l’alternance que vous avec établie entre les deux formations dont vous êtes directeur musical, les deux premières soirées des 5 et 6 juillet reviendront cette année l’Orchestre symphonique de la Monnaie. On entendra par ailleurs l’Orchestre national de Mulhouse (10 juillet) et l’Orchestre de Chambre de Bâle (7 juillet) dont la présence reflète le rayonnement régional et européen du Festival de Colmar ...
 
Absolument, j’ai toujours pensé qu’un festival, où qu’il se trouve, doit être ancré dans sa région. J’attache de l’importance à la présence de solistes, d’ensembles ou d’orchestres de la région. Nous avons déjà reçu les Percussions de Strasbourg, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, l’Orchestre de Mulhouse. Il est devenu orchestre national récemment, ce qui souligne la qualité de son travail et sa progression sous la direction de Christoph Koncz. Un Orchestre national de Mulhouse que l’on retrouvera, sous la conduite de son chef, avec le Trio Wanderer dans le Triple Concerto de Beethoven. La présence de ce trio souligne l’importance que j’accorde à faire de la musique avec des gens que je connais bien, que j’aime, et qui sont tous trois des amis depuis longtemps.
L’Orchestre national de Mulhouse participera à nouveau au Symphonic Mob (12 juillet). Les musiciens ont beaucoup aimé l’an dernier et nous renouvelons avec eux cette expérience vraiment extraordinaire au cours de laquelle entre 400 et 500 musiciens amateurs se mêlent aux professionnels pour ce qui devenu un moment très attendu du festival.
Quant à l’Orchestre de Chambre de Bâle, il est juste de l’autre côté de la frontière et nous aurons le plaisir de le retrouver pour une soirée avec Daniel Ward au violon et à la direction, et Anastasia Kobekina au violoncelle. 

 

Jakob Hrusa © Ian Ehm

 
« La présence de l’Orchestre de Bamberg augure d’un moment extraordinaire évidemment pour le festival. »

 
Deux formations, peu connues en France, l’une moderne, l’autre baroque, seront des exclusivités du Festival de Colmar cette année : l’Orchestre Symphonique de Bamberg dirigé par Jakob Hrusa et le B’Rock Orchestra avec la virtuosissime Lucie Horsch à la flûte à bec. Avez-vous déjà eu l’occasion de diriger Bamberg ?
 
Cela s’est produit à diverses reprises, c’est vraiment un magnifique orchestre allemand. Il y a quelque chose dans leur sonorité, dans leur manière de jouer qui est proche de la République Tchèque et de l’est de l’Allemagne. Ce qui explique sans doute pourquoi ils ont eu une synergie extrêmement forte avec leur directeur musical actuel, Jakob Hrusa, qui va bientôt partir. Il est l’un des très grands chefs actuels, qu’on ne connaît pas bien en France mais qui a remplacé Pappano à Covent Garden et qui va succéder à Bychkov à la Philharmonie tchèque. Un homme très sympathique de surcroît. Avoir cet orchestre allemand de tradition dans un programme Brahms (la 3Symphonie et le Concerto n° 2 par Lukas Sternath ndlr), augure d’un moment extraordinaire évidemment pour le festival. 

 

Lucie Horsch © Marco Borggreve

Il y a aussi, traditionnellement, un concert de musique baroque et cette année nous recevrons en exclusivité le B’Rock Orchestra, une formation belge, et Lucie Horsch, grande star mondiale de la flûte à bec. Je pense que sera une découverte pour beaucoup car si nombreux sont qui ceux qui associent cet instrument à des moments rébarbatifs durant leur scolarité, ils verront que, joué par une artiste tellle que Lucie Horsch, c’est un pur émerveillement.
 
La découverte des jeunes talents, axe que vous avez tracé dès 2023 avec les concerts de midi au Koïfhus, perdure. Toujours avec les mêmes partenaires ?
 
Absolument. Nous construisons la programmation à partir de deux pôles. Le CNSMDP d’une part, où je suis professeur. Nous invitons de jeunes professionnels qui sont en D.A.I. Par ailleurs, la Fondation Gautier Capuçon, dont je fais partie, nous permet, elle aussi, de présenter de jeunes musiciens. Et nous essayons de varier un peu les plaisirs sur le plan instrumental ; il n’y a pas que du piano.

 

Séance de dédicace au terme du Symphonic Mob © DR

 
« En plein centre de Colmar, la Maison du Festival en est un peu le cœur battant. »

 
On ne peut en tout cas qu’être frappé par la manière dont le festival est présent au cœur de la ville et la manière, enthousiaste et amicale, dont le public se l’approprie ...
 
C’est vrai, les gens m’arrêtent souvent dans la rue pour discuter. Quand ils voient des musiciens sortant d’un concert au théâtre municipal, ils aiment faire un bout de chemin et dialoguer avec eux, les interroger sur leurs choix musicaux. C’est vraiment l’ambiance «festival » que j’aime.
Pour aller vers le public nous avons mis en place des introductions aux concerts du soir, au cours desquelles un musicologue présente les pièces du programme de la soirée. L’an dernier nous avons installé juste à côté du Koïfhus, en plein centre de Colmar, une Maison du Festival qui en est un peu le cœur battant. On peut évidemment y acheter des billets, mais aussi rencontrer les équipes du festival. C’est cela un festival ; il y a évidemment la figure du directeur artistique mais aussi toute une équipe derrière, très soudée, qui prépare le festival pendant une année, ce dont les gens ne se rendent pas forcément compte.
 
A propos de rencontre, vous en avez programmée une, le 11 juillet, sur le métier de chef d’orchestre ...
 
Cela fait partie des questions qu’on me pose dans la rue : comment fonctionne un orchestre, quel est le sens des gestes, bizarre en apparence, du chef. J’ai voulu cette rencontre avec le public pour éclaircir toutes ces questions et ... pour raconter aussi des anecdotes liées à la vie assez trépidante du chef d’orchestre !  

 
Propos recueillies par Alain Cochard, le 4 juin 2026
 

 
Festival international de Colmar
Du 5 au 14 juillet 2026
festival-colmar.com
 
Photo © Bertrand Schmitt

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