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Une interview de René Paul Letzgus, cinéaste – « Ludovic m’a dit « viens avec une caméra, on verra ... ». Et l’aventure a commencé. »

Avec la sortie en salles de Ludovic le 21 janvier, une figure majeure du chant français, Ludovic Tézier, sera au cœur de l’actualité cinématographique. Moment rare que le film de René Paul Letzgus : la rencontre d’un homme avec son art, avec l’amour, la beauté et l’humanité. Le cinéaste n’y raconte pas l’histoire du grand baryton, mais le capte sous des angles divers, en confidences ou en éclats. Subtil et prenant. René Paul Letzgus nous parle avec enthousiasme de cette aventure, née d’une vive amitié.
Comment s’est faite votre rencontre ?
Je l’ai découvert dans une Traviata, en Alsace. Là-bas, nous sommes voisins car j’y habite et que Ludovic y séjourne aussi souvent, pour se ressourcer. Je suis allé le voir après la représentation et nous nous sommes découvert des points communs, aussitôt. La complicité a été rapide : il y avait l’amour pour les voitures anciennes, notamment les Bugatti pour lesquelles j’ai réalisé un film, qui évoque à la fois Ettore et son frère, le génial sculpteur Rembrandt Bugatti (on rappelle au passage l’implantation de Bugatti en Alsace ndlr). Également le cinéma, avec une passion pour Ingmar Bergman et le Septième sceau, notamment. Ludovic est un fou de culture et c’est pourquoi dès le début du film je l’ai filmé à l’Académie de Brera, près de Milan.
Vous êtes un metteur en scène polyvalent, reconnu non pour des ouvrages de fiction mais pour des documentaires, comme A la recherche d’Orfeu negro, et aussi autour de chanteurs, tels Barbara Hendricks et Nina Simone. Votre rapport avec le monde lyrique est-il vital ?
Absolument, bien que je ne sois pas véritablement musicien. Mais, petit détail qui compte, je suis apparenté à Charles Munch ! J’adore l’opéra, et j’ai vraiment commencé avec Wagner, dont l’univers me fascinait. Je suis aussi amoureux de Schubert, dont Ludovic dit drôlement dans le film qu’il l’imagine dans un monde pluvieux, attendant dans le silence quelque élue qui ne vient pas. (On note au passage la beauté de l’extrait schubertien du film, où Tézier se montre exceptionnel, là où on l’attend un peu moins que dans l’opéra ndlr). Verdi est venu après, et quand j’ai accroché avec son génie, son style, je m’y suis plongé comme un fou, lisant, écoutant tout ce que je pouvais

Ludovic Tézier est connu pour être discret, malgré son énorme réputation. Comment a-t-il accepté l’idée du film ?
Il ne l’a pas accepté facilement, car c’est une anti-star ! L’idée a fait son chemin peu à peu. Puis, il m’a invité à des répétitions et m’a dit « viens avec une caméra, on verra ... » . Et l’aventure a commencé. Je l’ai suivi sur le vif. C’était très difficile pour moi, malgré mon enthousiasme, car je ne voulais pas faire un film louangeur, mais le saisir dans la vérité d’instants de vie et de scène, montrer sa générosité, et l’essence de ce qu’il veut faire passer, plus encore que la seule beauté du son. D’ailleurs, il y a été sensible et après avoir vu le montage, il m’a dit qu’il n’avait jamais osé faire découvrir ce que l’image permettait. Il était très touché ! Voyez par exemple comme il chante Iago, et fait ressentir l’horreur du racisme, car pour lui, l’opéra permet souvent de montrer tout ce qu’il ne faut faire
Y a-t-il une scène à laquelle vous êtes tous deux particulièrement attachés ?
Oui, c’est celle qui le montre chantant avec son épouse Cassandre Berthon, dans Don Giovanni. Je voulais faire ressentir comment l’amour était né entre eux, des années avant, mais comment raconter ce choc, ce bouleversement de deux êtres qui se reconnaissent ! Et dans cette scène, difficile à attraper, on peut ressentir le délicat frémissement qui les habite. Cela permet d’évoquer leur relation si forte sans être impudique.
Resterez-vous dans le domaine musical pour votre prochain opus ?
Je ne sais, car j’aimerais consacrer tout un long métrage à la façon dont Tézier, si attaché à la passation, pratique ses masterclasses (on en a un extrait dans le film, et c’est prodigieux de force et d’intelligence ndlr). Mais cela serait évidemment du domaine du documentaire, plus resserré donc comme audience. Et puis, il y a le sport, l’une de mes autres passions. J’ai travaillé avec Zidane, lui aussi merveille de simplicité, et je rêve d’attraper un autre grand footballeur dont l’engagement chrétien me touche autant que son talent, Olivier Giroud. J’espère y arriver …
Propos recueillis par Jacqueline Thuilleux, le 7 janvier 2025

Ludovic, film de René Paul Letzgus, 1h30. Sortie le 21 janvier 2026 // Bande-annonce : ludovic-lefilm.fr/
Photo © Harcourt Paris
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