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Rusalka au Théâtre du Capitole de Toulouse [jusqu’au 4 octobre] – Spectacle total – Compte-rendu

A l’heure où la culture est plus que jamais en danger, où les dotations diminuent et où les artistes peinent à créer dans des conditions décentes, il est rassurant de voir que certaines scènes résistent au malaise ambiant. Le Théâtre du Capitole voit chaque saison ses subventions baisser, mais parvient, malgré la crise, à maintenir le cap fixé par la Municipalité en termes de qualité et de quantité.
Comme l’an passé, Christophe Ghristi, son directeur artistique, a choisi de reprendre une ancienne production accueillie avec succès en octobre 2022(1) : Rusalka, dans la mise en scène de Stefano Poda. L’œuvre est splendide sans pour autant faire partie des titres phares du répertoire. Cette histoire d’ondine qui pour se faire aimer d’un prince décide de le rejoindre dans le monde des humains, ne supporte pas la médiocrité, c’est pourquoi le choix de son équipe est primordiale.

Convoquer le beau
Faire appel à Stefano Poda pour porter au plateau le chef-d’œuvre lyrique de Dvorak est en lui seul un gage de réussite. Comme pour Thaïs glorieusement remontée il y a un an au Capitole, le spectateur pressent, avant même le lever du rideau, que quelque chose va se passer. Pour ce créateur qui puise avec passion dans tous les arts (théâtre, danse, sculpture, arts plastiques, peinture …), l’opéra est le lieu de tous les possibles. L’œuvre qui convoque tout ensemble la fable, la poésie, l’onirisme, la Nature … est une mine d’inspirations visuelles et sensorielles pour un artiste qui ne cesse de convoquer le beau dans son travail.

De gigantesques mains
Dans ses somptueux décors qu’il éclaire avec raffinement, d’où émergent des cintres de gigantesques mains, tantôt implorantes, tantôt rassurantes, à la façon des Cathédrales de Rodin, jusqu’aux magnifiques costumes (Poda toujours, également chorégraphe), c’est surtout l’élément aquatique qui domine.
La scène bordée de hauts murs de verre dépoli, n’est plus qu’une vaste étendue d’eau dans laquelle s’ébrouent ondins et ondines à moitié nus, (éblouissants danseurs et danseuses du Capitole) dans de gracieuses circonvolutions. Tout à son désir d’émancipation, Rusalka semble marcher sur les eaux avant de rejoindre son Prince, d’en être trahie et de revenir dans ce lac qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

Un modèle de pureté
La beauté des images, l’émerveillement suscité par la direction d’acteur sensible, en osmose avec les corps ondulants des danseurs, sur une musique vaporeuse, finit par envoûter le spectateur. Bouleversante de lyrisme, la direction aux effets miroitants de Giacomo Sagripanti est un modèle de pureté, puisant dans cette partition délicate et frémissante toute la puissance de la Nature, et ce dans ses plus infimes variations, sans oublier de dépeindre les battements de cœurs qui accompagnent cette cruelle histoire d’amour. Le chef italien trouve là son épiphanie musicale aux commandes d’un chœur (préparé par Gabriel Bourgoin) et d’un orchestre attentif et totalement dévoué à lui.

Intensité et féminité
Ruzan Mantashyan possède sans conteste la voix du rôle qu’elle projette avec insolence dans ce théâtre à la très belle acoustique. Sa Rusalka partagée entre attirance et obéissance, gagnerait à fendre plus tôt l’armure et à se montrer plus fragile que ne le laisse deviner cette créature trop uniformément froide et distante dans les deux premiers actes (reproches qui lui avaient été faits à Paris dans le récent Eugène Onéguine réalisé par Ralph Fiennes). Le troisième est de loin le plus réussi, le chant de la soprano alliant enfin intensité et féminité dans un finale électrisant.

Prince éblouissant et Ondin magistral
Plongées dans l’eau jusqu’au cou, les trois nymphes de Marianne Croux, Marion Vergez-Pascal et Svetlana Lifar sont parfaites, tout comme l’impressionnante Agnieszka Rhelis qui incarne la terrible Jezibaba, la Princesse étrangère encore vaillante de Ricarda Merbeth ou l’épatant duo composé par Timothée Varon et Anne-Lise Polchlopek (Chasseur et Marmiton).
Avec sa carrure de viking et son immense voix de basse, Alexandrer Roslavets incarne un Ondin magistral, qui partage l’affiche avec Pavol Brezlik, Prince éblouissant, dont la voix lumineuse et chatoyante, le charme irrésistible et le jeu harmonieux sont à eux seuls un enchantement.
François Lesueur

Dvorak : Rusalka – Toulouse, théâtre du Capitole, 25 septembre ; prochaines représentations les 30 septembre et 4 octobre 2026 //www.capitole.toulouse.fr
Photo © Mirco Magliocca
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