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Romuald Grimbert-Barré et l’Orchestre de la Garde Républicaine à la Salle Cortot/ Saison Opus Cortot –L’ « Hommage au Chevalier de Saint-George » de Thierry Pécou – Compte rendu

On célèbre cette saison le 280e anniversaire de la naissance de Joseph Bologne, dit Chevalier de Saint-George ( ? 1745-1799). Plutôt que d’attendre le 300e, le violoniste Romuald Grimbert-Barré (photo) et Thierry Pécou ont pris prétexte de cet anniversaire pour rendre hommage à celui qui, né à la Guadeloupe de la rencontre d’un aristocrate français et d’une esclave africaine, se range parmi les personnalités les plus singulières de la musique française de la seconde moitié du siècle des Lumières.

Déjà un enregistrement chez Aparté
Complice de longue date du violoniste, Thierry Pécou a entrepris à son intention – et sur sa suggestion – la composition d’un Concerto « Hommage au Chevalier de Saint-George » dont le premier enregistrement, remarquable, par Romuald-Grimbert Barré et l’Orchestre national de Cannes sous la baguette de Benjamin Lévy, est sorti mi-mai chez Aparté (1), entouré de deux concertos de Saint-George datés de 1777 : le Sol majeur op. 8/G.050 et le La majeur op. 5 n°2/G.032 (2).
Pour la création de l’ouvrage en France métropolitaine (3), l’Orchestre de la Garde Républicaine donne la réplique à Romuald Grimbert-Barré, à l’occasion d’un concert placé sous le patronage et en présence de la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou – la soirée marque la conclusion l’inventive et découvreuse saison Opus Cortot d’Hugo Panonacle.

© Jonathan Grimbert-Barré/Nightfeel Studio
Piaffante vitalité et lyrisme secret
Avant le découvrir la partition de Thierry Pécou, les musiciens de la Garde, sous la direction du colonel Sébastien Billard, offrent deux pièces de Saint-George. L’ouverture de l’opéra-comique L’ Amant anonyme (1780), seul ouvrage lyrique de l’auteur dont la partition a été conservée, montre l’intelligence stylistique des musiciens et de leur chef. Une entrée en matière pleine de charme, d’un coloris plutôt tendre, qui mène au Concerto en sol majeur op. 8. Romuald Grimbert-Barré rejoint la formation pour traduire la piaffante vitalité de l’Allegro, aussi bien que le lyrisme secret du Largo ou la joyeuse luminosité du Rondeau conclusif. Les violonistes – et les organisateurs de concerts ! – gagneraient à délaisser un peu les concertos de Mozart au profit de ceux de Saint-George, se dit-on on terme d’une partition splendidement défendue ...

Romuald Grimbert-Barré & Thierry Pécou © Jonathan Grimbert-Barré/Nightfeel Studio
Inspiré par la virtuosité du violoniste et ... de l’escrimeur !
On n’est pas moins comblé par la Sinfonietta pour cordes de d’Albert Roussel, que Sébastien Billard conduit avec énergie mais sans brusquerie ni sécheresse. Une réalisation parmi les plus célèbres de l’auteur ; reste qu’on ne l’entend pourtant pas tous les jours – et ne parlons pas des quatre symphonies du Français que nos orchestres continuent de snober ...
Mais revenons au Chevalier, compositeur, violoniste virtuose et ... escrimeur hors pair. Pour son concerto-hommage, Thierry Pécou dit avoir « choisi un chemin, dans la vie et l’œuvre du Chevalier de Saint-George, suscitant des références, des repères tout en restant à l’écart des tentations du pastiche et de la citation » : le pari est magistralement gagné !
Chorégraphie de bretteurs
Le compositeur a d'abord saisi la perche, ou plutôt l’épée, qui lui était tendue. Prime, Seconde, Tierce, Quarte, Quinte, Septime : il n’a en effet pas manqué d’exploiter les correspondances entre les positions de l’escrime et les règles de l’art musical dans un premier mouvement, Rixes, qui s’inspire du bruit des lames s’entrechoquant. Tel un combat, cette intense chorégraphie de bretteurs se conclut de façon nette et tranchante, au terme du vertigineux emballement des dernières mesures. Les racines guadeloupéenne du compositeur sont à la source de Padjanbèl – épisode médian qui fait référence au gwoka, genre musical auquel les esclaves africains ont donné jour – au cours duquel le soliste dialogue avec un orchestre très rythmique (la percussion y joue un rôle central) pour un résultat obsessionnel.
L’atmosphère change du tout au tout avec le final qui débute comme en surplomb – saisissante sensation produite avec la plus totale économie de moyens –, à la manière d’une méditation-déploration. Saint-George contemple sa brève mais ô combien ! intense existence ... Plus loin passeront des bruits de Révolutions, titre d’un troisième mouvement au cours duquel Thierry Pécou suggère la rencontre entre un destin individuel et l’Histoire avec l’art des timbres qui le caractérise, servi par un soliste totalement investi et un orchestre en grande forme.
Premier mouvement du Concerto en en sol majeur op. 8/G. 050 en bis, au terme d’une création très chaleureusement applaudie.
Alain Cochard

Paris, Salle Cortot, 28 mai 2026
(1) Saint-George – Pécou - Caribbean violin concertos / Aparté / AP 421
(2) La numérotation G. fait référence au catalogue des œuvres de Saint-George établi par Alain Guédé. Signalons que son précieux « Monsieur de Saint-George, un rival de Mozart » vient d’être réédité dans une version augmentée chez Actes Sud (342 p./ 24,50 €)
(3) La création guadeloupéenne de l’ouvrage a eu lieu le 15 novembre 2025 aux Abymes, dans le cadre du Festival Musique Saint-Georges
Photo © Jonathan Grimbert-Barré/Nightfeel Studio
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