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Rigoletto selon Marie-Eve Signeyrole à l’Opéra de Montpellier – The Rigoletto Show

 Pour ces retrouvailles avec le public et le spectacle vivant, l’Opéra de Montpellier a convoqué un cast jeune et international. À la baguette, le brillant Roderick Cox, lauréat du concours Sir Georg Solti 2018, livre un Verdi sans reproche mais qui aurait gagné à laisser s’exprimer les angoisses de la partition. Anthea Pichanick, noble Pénélope cet été à Beaune, incarne la Comtesse. Son fruité baroque emplit sans peine le large Corum. Le duc est Rame Lahaj, ténor kosovar doté d’un physique à la Franco Corelli. La voix est claire, l’articulation habile mais la projection trop faible, le contraire du brésilien Luiz-Ottavio Faria (Sparafucile) et du Monterone polonais de Tomasz Kumiega, ténébreux à souhait. La Russe Julia Muzychenko est Gilda. Ses aigus clairs, puissants et souples, offrent un « Caro nome » aérien et des duos au charme subtil.
 

@ Marc Ginot

Tout le spectacle repose sur les épaules de Gezim Myshketa, baryton albanais de bonne facture à qui la mise en scène demande une visibilité permanente. Le personnage ainsi exposé est déconstruit par Marie-Éve Signeyrole, tout comme l’était son Don Giovanni à Strasbourg, Habile à démonter l’opéra afin d’en proposer des relectures percutantes (Nabucco, Samson) le travail de Marie-Eve Signeyrole provoque d’intenses débats auxquels ce Rigoletto n’échappera pas.
 
Son bouffon est un show man en burn out, à la façon, cocasse et désespérée, de Blanche Gardin. Le chœur sont ses fans disséminés parmi les spectateurs et dont certains arborent des t-shirts siglés Rigoletto. Les smartphones filment, les projecteurs aveuglent ; ce public qui nous ressemble invective ou applaudit. Rigoletto a le duc pour agent, un dragueur prêt à tout pour préserver ses dix pour cent contractuels.
 

© Marc Ginot
 
Durant l’ouverture, le bouffon assassine Gilda. Conçu comme un flash-back halluciné, le spectacle dénoue à rebours la mécanique du crime. Rendu schizophrène par le succès, Rigoletto est Sparafucile au miroir, il est Gilda, il est le séducteur. Marie-Ève Signeyrole réclame de lui, filmé en gros plan, une performance redoutable lorsqu’il mime sa fille ou le duc chantant leurs arias depuis l’obscurité. Les mêmes protagonistes, démultipliés, rendent tangible la folie possessive d’un homme qu’obsède sa progéniture et qui ne voit pas rôder le danger. C’est cette déroute qui est donnée à voir, au risque de nous perdre dans ses redondances. Tenir plus fermement les fils narratifs n’aurait pas été inutile, c’est l’unique reproche que l’on peut faire à cette brillante mise à sac dont on se voudrait de spoiler l’(im)pertinente chute.
 
Vincent Borel

 
Verdi : Rigoletto – Montpellier, Le Corum, Opéra Berlioz, 29 septembre : prochaines représentations les 1er et 3 octobre 2021 // www.opera-orchestre-montpellier.fr/evenement/rigoletto-0
 
Photo © Marc Ginot

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