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Paris - Compte-rendu : En attendant Gilda, Morne reprise du Rigoletto selon Jérôme Savary à Bastille

La tradition a du bon chantonne-t-on ces derniers temps dans le monde des amateurs d’art lyrique. Ouais. On aurait bien aimé embarquer l’ami Beaussant, auteur du brillant « La Malscène » à ce Rigoletto on ne peut plus traditionnel signé discrètement Jérôme Savary. Gageons qu’on aurait du l’attacher pour qu’il ne quitte pas presto son fauteuil.

Décor tournant d’une laideur insigne – un peu comme ces fragments de temples blanchâtres qu’on immerge dans les aquariums – lumières approximatives, costumes d’époques qui sentent la naphtaline, tout cela respectait strictement et Hugo et Verdi. D’ailleurs les platitudes du spectacle se justifiaient dans la musique même du compositeur qu’étamait redoutablement de la fosse le terrible Renato Palumbo, très applaudi de ce même orchestre qui cherche à se débarrasser en ce moment de Sylvain Cambreling. La banalité de sa direction – absente ou gueularde, dangereuse, passionnée, ironique, illustrative, jamais !- venait au secours de la scène où les banalités se succédaient avec la déconcertante facilité qu’on éprouve à enfiler des perles.

Savary s’est bien gardé de ses outrances habituelles, même Maddalena reste corsetée, et le Duc viole Gilda derrière un rideau, si si ! Mais cette direction d’acteur inexistante, ces gestes convenus, ces poses de chanteurs qu’on croirait sorties tout droit de photos des années trente, les confusions d’acrobates pas réglés du I, le bordel incompréhensible du rapt où l’on fait n’importe quoi sous prétexte de pénombre, les conventions dans les rapports entre les personnages qui tuent la vérité dramatique de l’œuvre comme ses arrières plans psychologiques complexes, la folie inextinguible qui emporte tout le IV dans cette musique de tempête qui semblait se réduire soudain à l’annonce d’un bulletin météo, tout cela trahissait une partition de premier ordre. La musique de Verdi est-elle si fragile qu’on puisse la débarrasser de toute sa puissance, et Rigoletto où se nichent quelques unes des plus belles idées mélodiques du maître de Bussetto ne serait en fin de compte que ce morne chromo ?

Mais la distribution n’aidait en rien au sauvetage : pour une Maddalena et un Sparafucile de luxe (Dagmar Peckova et Ain Anger) et mis à part Yuri Kissin excellent comme toujours qui campait en deux mots une Conte di Ceprano parfait, toute la compagnie de chant peinait : Philippe Fourcade, trop clair de timbre pour Monterone, Arsenski falot en Borsa, Natacha Constantin, transparente en Contessa, même Martine Mahé, peu en voix, ne donnait pas un véritable relief à Giovanna. Annoncé souffrant, Andrzej Dobber possède une voix bien frustre pour incarner les complexités du rôle titre, mais on lui pardonnait beaucoup pour un second acte bien vu, on lui pardonnait même tout dés qu’entrait en scène le duc de Mantoue le plus falot, le plus mal chantant qu’on ait jamais entendu : Bülent Külecki. Retenez bien ce nom pour mieux l’oublier. Ténorino au timbre rêche, aux aigus à l’arraché, incapable de legato, fâché avec la vocalise, sans aucune nuance. Comment un tel chanteur peut- il être invité par l’Opéra de Paris, mystère (et le Capitole l’annonce pour la saison prochaine dans le même rôle !!!!).

Heureusement on retrouvait la grâce dés qu’apparaissait la Gilda de Laura Claycomb. La soprano texane, déjà vue cette saison en Philine au Capitole de Toulouse, ne possède pas la colorature la plus brillante et l’on aimerait un peu plus de pur bel canto dans ses duos et airs du II, mais l’incarnation est frémissante, le personnage bien là. C’est d’ailleurs le seul destin auquel on prête attention tout au long de cette représentation qui confirmait l’axiome tradition trahison.

Jean-Charles Hoffelé

Rigoletto de Verdi, Opéra Bastille le 4 mars, puis les 8, 10, 13 et 16 mars.

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Photo : Opéra de Paris
 

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