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Orphée et Eurydice par l’Atelier lyrique à Bobigny - Passion juvénile - Compte-rendu


Pépinière de jeunes talents et vivier pour les représentations de l’Opéra de Paris, l’Atelier Lyrique proposait à Bobigny Orphée et Eurydice de Gluck dans une adaptation de Geoffroy Jourdain pour la version de Berlioz réalisée en 1859 à l’intention de la cantatrice Pauline Viardot. Le fameux air « J’ai perdu mon Eurydice » a valu à l’œuvre une postérité dont le bouillant Hector est redevable à plus d’un titre. La scénographie et la mise en scène de Dominique Pitoiset et Stephen Taylor participent de la réussite d’un spectacle qui ne se complaît pas dans la tradition mais offre une vision actualisée de la partition du Chevalier Gluck comme le fit Berlioz dans son travail d’orchestration avec l’aide de Saint-Saëns.

Les protagonistes ont l’âme chevillée au corps dans un espace où l’Enfer et le Paradis sont situés dans un appartement qui pourrait être celui d’un jeune couple ayant fait ses emplettes chez Ikéa. L’Eurydice d’Ilona Krzywicka comme l’Orphée d’Alisa Kolosova sont très convaincants non seulement par la passion juvénile qu’ils transmettent, mais aussi par des voix bien projetées au timbre séduisant, voire bouleversant d’émotion à la mort de l’héroïne. De même, Olivia Doray en Amour polisson est d’une sensualité qui fait regretter parfois une diction peu compréhensible en l’absence de surtitres, bien que le texte ne se hausse pas au niveau de la musique. Le Jeune Chœur de Paris et l’Orchestre-Atelier OstinatO trouvent, sous la direction de Geoffroy Jourdain, le ton qui convient, entre subtilité gluckiste et flamme berliozienne.

« Puisqu’on peut avoir un si grand plaisir pendant deux heures, je conçois que la vie soit bonne à quelque chose », prétendait Jean-Jacques Rousseau après la première parisienne d’Orphée en 1774. A l’écoute de la version proposée par l’Atelier Lyrique, on éprouve – et le nombreux public aussi – un même sentiment, celui d’un instant privilégié dans l’univers parfois compassé de l’opéra.

Michel Le Naour

Gluck/Berlioz : Orphée et Eurydice - Bobigny, MC 93, 5 mai 2011

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Photo : DR

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