Journal

​Top Hat au Châtelet – La rom-com fait des claquettes – Compte rendu

 
Bien sûr, nul ne pourra jamais prétendre remplacer Fred Astaire et Ginger Rogers. Top Hat, réalisé en 1935 par Mark Sandrich, reste un classique du cinéma, mais qui ne contient sur une heure trente que cinq chansons, dont l’inoubliable « Cheek to Cheek », tout de même. Aussi, en 2011, Matthew White et Howard Jacques ont décidé de fabriquer une comédie musicale qui, tout en conservant l’intrigue du film, ajoute une dizaine de chansons du même Irving Berlin. Au passage, on remarque que, dans cette histoire dont toute la deuxième moitié se déroule à Venise, l’Amérique du sud se mêle à l’Italie, un peu comme dans la mélodie Toréador de Poulenc, où Carmencita caracole dans sa gondole, mais l’efficacité des rythmes hispano-américains n’est plus à démontrer.

 

© Andrew Perry 

 
Ne pas se prendre au sérieux

Pour cette production destinée à une tournée internationale, Kathleen Marshall assure à la fois la chorégraphie et la mise en scène, dans un décor capable d’évoquer les nombreux lieux de l’intrigue tout en rappelant les architectures de verre et d’acier, avec de séduisants costumes qui situent clairement l’action dans les années 1930, non sans pasticher la fameuse robe mousseline et plume de Ginger Rogers dans « Cheek to Cheek ». On démarre par ce qui a tout l’air d’une classique situation « enemies to lovers », où ceux qui semblent se détester tombent très vite dans les bras l’un de l’autre, mais un malentendu à la Feydeau qui se prolonge jusqu’à la toute fin empêche le mariage prévisible. Pour autant, cette comédie romantique ne se prend pas au sérieux et sert surtout de prétexte à enchaîner les numéros chantés et dansés, que dirige avec fougue Luke Holman à la tête d’une dizaine d’instrumentistes.

 

© Johann Persson

Energie et élégance
 
La distribution relève parfaitement le défi, avec l’inénarrable James Clyde en valet de chambre nommé Bates (ce n’est pas un emprunt à Downton Abbey, le personnage portait déjà ce patronyme dans le film de 1935) et le couturier au savoureux accent italien d’Alex Gibson-Giorgio, dont on peut supposer qu’il a quelques ancêtres réellement originaires de la Botte. Stuart Hickey campe un Horace Hardwick délicieusement British et montre in extremis qu’il sait aussi chanter. Tout aussi anglaise, Emma Williams s’invente néanmoins une solide personnalité d’Américaine croqueuse de maris et profite au maximum des quelques chanson confiées à Madge Hardwick. Les deux principaux protagonistes, enfin, ont été choisis pour rendre hommage aux origines afro-américaines du jazz, Philip Attmore et Nicole-Lily Baisden rivalisant d’énergie et d’élégance pour nous faire croire à cette histoire d’amour aussi légère qu’une bulle de savon, mais où tout finit (et commence) par des claquettes.
 
Laurent Bury
 

 
Irving Berlin / Matthew White & Howard Jacques : Top Hat. Paris, Théâtre du Châtelet, 15 avril 2026 ; jusqu’au 3 mai 2026 // www.chatelet.com/programmation/25-26/top-hat/

Photo © Andrew Perry  

Partager par emailImprimer

Derniers articles