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​Oliver Zeffman, Federico Colli et l’Orchestre National d’Île-de-France – Découverte et confirmation – Compte-rendu

 
Une fois de plus l’Orchestre national d’Île-de-France s’est voulu tremplin pour de jeunes talents encore peu connus en France et ... une fois de plus la présence d’un public très nombreux à la Philharmonie a démontré que les auditeurs sont capables de curiosité et ne se déplacent pas uniquement pour les interprètes les plus célèbres ... Federico Colli n’est certes plus un inconnu pour les fidèles de l’Ondif, qui ont  pu l’applaudir en janvier 2020 dans le 4Concerto de Beethoven (1) – c’était là le premier concert avec orchestre du pianiste italien en France – puis en mai 2021 dans « L’Empereur »(2) ; reste qu’il n’a pas encore chez nous la réputation qu’il mériterait.
 
Federico Colli © Chandos

Pour sa troisième apparition au côté de la phalange francilienne, Colli interprète un ouvrage sans doute moins substantiel mais d’une saveur et d’un charme indéniables : le Concerto n° 2 de Chostakovitch, partition que Dimitri Dimitrievitch écrivit en 1957 à l’intention de son fils Maxime. Sous des doigts peu inspirés, la virtuosité des mouvements vifs peut verser dans un certain prosaïsme et le lyrisme de l’Andante dans le sirupeux : rien à craindre avec Federico Colli ! D’un toucher proprement magique, il transcende son sujet. On ne résiste pas au peps des deux allegros dont l’interprète assume la course avec un brio et un souffle jamais pris en défaut, pas plus qu’au mouvement lent, conçu tel un prégnant nocturne plein de secrets et de rêves – moment magique ... Le soliste peut il est vrai compter sur la complicité d’Oliver Zeffman (photo) dont l’accompagnement fouillé, mobile et sensible l’autorise à aller au bout de ses intentions.
 

© Georgyi Mamarin
 
Si la soirée de l’Ondif confirme que l’artiste originaire de Brescia compte parmi les très remarquables pianistes de sa génération, elle révèle à beaucoup d’auditeurs (3) le talent de Zeffman, jeune londonien de 28 ans, passé par la Royal Academy of Music et le Conservatoire de Saint-Pétersbourg et qui a eu l’occasion d’assister des aînés tels que Valery Gergiev, Daniel Harding ou Gustavo Dudamel. Dès Virga (2007) courte pièce de la hautboïste et compositrice britannique Helen Grime (1981) placée en tête de programme, le relief et le foisonnement intérieur avec lesquels la musique s’épanouit, montrent un chef maître de son sujet. Après le Chostakovitch, il illustre à nouveau ses affinités avec la musique russe dans des extraits des Suites n°1 et 2 du Roméo et Juliette de Prokofiev. L’orchestre, dans une forme remarquable, lui laisse toute latitude pour fouiller de détail et soigner les coloris avec beaucoup d’engagement. Un chef à suivre, sans une ombre d’hésitation !
 

Fabienne Voisin © Christophe Urbain

Synonyme de confirmation et de découverte pour le public, la soirée de l’Ondif rime aussi avec au revoir pour les musiciens et l'équipe administrative. Le moment est en effet venu pour Fabienne Voisin, la directrice générale de l’Ondif depuis 2011, de voguer vers de nouvelles aventures de l’autre côté de l’Atlantique : à compter du 1er décembre elle devient en effet Présidente directrice générale désignée de l’Orchestre Métropolitain de Montréal. Arrivée à l’Ondif à une époque où la survie même de la formation était en jeu, elle a su, « grâce au rêve et à la vision » qui l'ont animée – pour reprendre les mots de Case Scaglione, actuel directeur musical – le sortir de cette mauvaise passe et le conduire à la place que l’on sait. On souhaite bon vent à cette femme de cœur, de passion et de conviction.

Prochain rendez vous avec l'Ondif, du 27 novembre au 4 décembre, dans un programme "Fantaisies classiques" (Prokofiev, Mozart, Mendelssohn), confié au violon d'Anu Tali et à la baguette d'Eldbjørg Hemsing. (4)
 
Paris, Philharmonie, 18 novembre 2022

 

(4) www.orchestre-ile.com/page/saison/33_saison-2223/concert/793_fantaisies-classiques

Photo © Rebecca Reid

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